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14/11/2012

Le champ médiatiquement étroit des "sectes" serait-il élargi ?

Manuel Valls le ministre de l'Intérieur a estimé ce mercredi que le risque terroriste représentait une menace "permanente" en France. Selon lui, des quartiers sont sous l'emprise de "sectes" incluant des centaines de personnes. Faut-il y voir là un nouvel élargissement médiatique de ce terme hautement péjoratif longtemps réservé aux minorités confessionnelles ?                                           

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Patrick Calvar remplace Bernard Squarcini à la tête de la DCRI

Selon le quotidien Le Monde "en marge de l'affaire Merah, sur laquelle il était interrogé sur RMC-BFMTV, le ministre a évoqué un "ennemi intérieur qui prospère sur [la] radicalisation de cet islam qui n'a rien à voir avec [celui] pratiqué par l'immense majorité de nos concitoyens, mais qui prône la haine, l'antisémitisme, qui se mélange en plus avec la petite délinquance, avec le crime, avec le trafic de drogue, il est là, il est présent". A cet égard, "ce sont plusieurs centaines de personnes qui sont concernées", a jugé le ministre, ajoutant qu'"il y a des quartiers dans notre pays qui sont sous l'emprise de ces sectes".

Une menace "permanente". C'est en ces termes que le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a qualifié le risque terroriste en France.  Il estime que des centaines de personnes constituent "potentiellement un danger en ce domaine" en rappelant que "nous l'avons vu il y a quelques semaines avec le groupe de Sarcelles (dont des membres sont suspectés d'avoir participé à un attentat à la grenade dans un magasin juif) qui a été appréhendé".

"Nous savons (que ses membres) se préparaient à la fois à envoyer peut-être des individus en Syrie pour faire le jihad, mais ils avaient sans doute des objectifs pour notre pays", a avancé le ministre, tout en se voulant "prudent" sur ce sujet.

Le risque terroriste "existe, il faut le combattre", a affirmé le ministre et, pour cela, "on a besoin d'un renseignement de très grande qualité et les différentes réformes que m'a proposées le nouveau directeur de la DCRI Patrick Calvar visent précisément à renforcer l'efficacité du renseignement", a-t-il indiqué. Pendant trois ans, de mars 2004 à février 2007, ce dernier fut sous-directeur du contre-terrorisme et du monde arabe-musulman.

On se souvient qu'Yves Bertrand, Directeur Général du service des Renseignements Généraux de 1992 à 2003, avait collaboré activement à fournir des « informations » aux députés de la commission d'enquête qui ont rendu leurs conclusions dans le fameux rapport de 1996. Par la suite il a reconnu que "ce travail a incontestablement vieilli" et qu'il a lui "même évolué sur la question" ajoutant que "certains groupes se sont vu un peu vite affubler du vocable de secte. La sémantique elle-même devrait être modifiée. Doit-on confondre en un même vocable, sectes et mouvements minoritaires, pratiquant le prosélytisme comme les témoins de Jéhovah ? J'en doute sincèrement."

Aujourd'hui, nous constatons que la notion de "secte" dans le vocabulaire français semble donc s'élargir à des courants minoritaires jugés dangereux qui jusqu'à présent étaient curieusement épargnés par cette désignation péjorative. Mieux; peut-on s'attendre à ce que ce champ de vision se déplace vers les mouvements dangereux ? C'est une probabilité à ne pas écarter. Mais seul l'avenir nous le dira. En attendant, il semble que tout comme aux Etats-unis, les services du renseignement ont un nouveau visage à leur tête. C'est probablement une pure coïncidence...

06/11/2012

La France 'laïque' protège la construction de certains lieux de culte mais pas d'autres

Le 28 avril dernier un collectif d'une trentaine d'habitants de Lucciana en Corse a manifesté pour s'opposer à la construction d'un paisible lieu de culte des Témoins de Jéhovah, dont le permis de construire a été délivré par le Maire. Aucune réaction du côté des autorités, alors que le 20 octobre dernier, des fourgons de CRS, dépêchés par le Ministre de l'Intérieur, sont venus évacuer "environ 70 militants du Bloc identitaire, un groupe d'extrême droite qui a déployé sa banderole sur le chantier d'une mosquée en construction à Poitiers". Suite aux nombreuses indignations politiques le parquet a ouvert une enquête. La laïcité française qui doit garantir la liberté de culte, l'impartialité et la neutralité de l'Etat envers les confessions n'a t'elle pas deux poids et deux mesures ?

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Un collectif de riverains contre la construction d'un petit lieu de culte (176 m2) en Corse

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73 militants manifestent contre l'implantation d'une mosquée à Poitiers

Une manifestation d'intolérance à l'état pur à Lucciana

Que s'est-il passé à Lucciana ? Un lieu de culte de 176 m2 de superficie (la taille d'un grand pavilon) sur le terrain d'un lotissement d'une ville de 3800 habitants qui met en émoi quelques riverains (une trentaine selon la photo). Parmi les nuisances évoquées par le comité Paratella il y aurait le bruit alors que le batiment est insonorisé (excépté durant les travaux ce qui est normale comme toute construction) ensuite les gênes à la circulation alors que les actions de ce comité avaient justement consisté à entraver la circulation en interpellant les automobilistes. D'autres avancent comme prétexte la baisse des prix au mètre carré. C'est ridicule. Tout le monde sait que là où il y a des Témoins de Jéhovah il n'y a ni détritus au sol, ni mégots, ni tapage ni délinquance. Ils ont de beaux lieux de culte et ne souhaitent pas envahir le voisinage par leur prédication. Il s'agit seulement d'un lieu de culte et ils demandent à vivre en paix avec leur voisinage. En résumé s'il y avait eu un clocher sur cette salle il n'y aurait pas eu tout ce brouhaha...  

Vives réactions  pour condamner l'occupation de la mosquée 

Considérant que l'islam en France est un vivier de voix électorales important (plus de 4 millions de voix potentielles soit environ 9 % des électeurs), la classe politique dans l'ensemble a réagit pour condamner l'occupation de la Mosquée de Poitiers:

  • Le premier ministre Jean-Marc Ayrault " condamne fermement cette provocation qui révèle une haine religieuse inacceptable", a-t-il déclaré, ajoutant que cet envahissement était "une agression contre la République et ses valeurs (...) Un tel acte est inacceptable car il bafoue les valeurs de notre République laïque, parmi lesquelles la liberté d'exercice des cultes"

  • Le ministre de l'intérieur Manuel Valls a lui aussi réagi en dénonçant "les amalgames douteux" du Bloc identitaire. M. Valls "garantit que l'Etat fera preuve de la plus grande fermeté face aux manifestations d'intolérance qui déchirent le pacte social", ajoute un communiqué du ministre de l'intérieur. "Le ministre en charge des cultes réfute les amalgames douteux dont procèdent leurs slogans et rappelle que la République garantit à tous le libre exercice du culte dans le respect des règles de la laïcité", ajoute-t-il.

  • " Le PS, par la voix de son nouveau premier secrétaire Harlem Désir, et le PCF, ont demandé samedi "la dissolution" du groupe d'extrême droite Génération identitaire, à l'origine de l'occupation d'un chantier"
  • Jean-François Copé "condamne" l'occupation du chantier car "la République laïque ne peut tolérer aucune agression envers une religion (...) La République laïque est la garante de la liberté de culte dans notre pays: elle ne peut tolérer aucune agression envers une religion"

Deux poids deux mesures !

Résultats: quatre des occupants, âgé de 23 à 26 ans, organisateurs de la manifestation- symbolique- ont été placés en garde à vue prolongée, durant 42 heures ! Le Parquet a ouvert une pénale pour "manifestation non autorisée, provocation à la haine raciale, participation à un groupement en vue de la préparation de dégradation de biens en réunion". Ce qui est intéressant c'est que les mises en examen ont été prononcées pour« provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, par des discours proférés dans un lieu ou réunion publics et par des placards ou affiches exposées au regard du public »

«Nous avons choisi de faire notre action à Poitiers, qui est une ville symbolique en raison de l'histoire et il se trouve en plus qu'une mosquée-cathédrale (nom donné aux mosquées d’envergure, ndlr) très ostentatoire y est en construction avec un minaret de 32 m», a affirmé Damien Rieu, un autre porte-parole de GI ('Génération identitaire')

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Alors que la manifestation symbolique à Poitiers ne devait être qu'un coup d'éclat celle des riverains de Lucciana a donné lieu à l'annulation du permis de construire du lieu de culte des témoins de Jéhovah à Lucciana (vidéo ici). En effet, selon Corsematin,  la cour administrative d’appel de Marseille a rejeté leur recours contre le jugement du tribunal de Bastia qui avait annulé le permis de construire qui leur avait été délivré. Il faut dire que le 'Comité Paratella' a fait pression pour obtenir ce jugement, jusqu'à lancer des appels sur Facebook (ici aussi).

 Une histoire qui se corse

"C'est un de ces feuilletons polémiques et juridiques dont la Corse a le secret. Un de ces feuilletons qui va de rebondissement en rebondissement" reconnaît le Corsematin. "La cour administrative d'appel de Marseille déclare ensuite que « même si les dimensions du projet en litige n'excèdent pas celles d'un pavillon traditionnel, les deux terrains apparaissent sur les plans en co-visibilité l'un de l'autre, observent les magistrats de la cour d'appel. Compte tenu en outre de la fréquentation qu'impliquera le projet permettant d'accueillir 119 fidèles, ces riverains justifient d'un intérêt suffisant pour contester ce permis de construire.(...) Les témoins de Jéhovah ont, en effet, déposé d'autres demandes de permis de construire, toujours sur le territoire de la commune de Lucciana. À suivre donc » Décidément la laïcité en France est à géométrie variable; elle reconnaît et protège pour certaines confessions le droit de se réunir et pratiquer leur culte alors qu'elle ne le fait pas pour d'autres....

Le point de vue d'un syndicat de Police sur la 'dangerosité' des Témoins de Jéhovah

Un document d'un syndicat de police lui aussi difficile à retrouver qui a paru suite aux polémiques sur la location du stade Bollaert à Lens; il a vite fait taire les calomnies sur une communauté pourtant exemplaire et paisible...(Disponible en PDF ici)

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SYNDICAT ACTION POLICE - CFTC

Communiqué de presse 23/07/2006 à 02h 15

Le député maire communiste de Montreuil (Seine-Saint-Denis), Jean-Pierre Brard s'en est pris aux responsables des Témoins de Jéhovah, jeudi 20 juillet sur TF1, les qualifiant de "parfaits délinquants" tandis que le maire de Lens (62) souhaitait faire interdire leur assemblée qui se tient ce week-end au stade Bollaert à Lens (Pas-de-Calais).

Thoris.jpg" Les Témoins de Jéhovah sont des citoyens respectueux des lois républicaines. II n'y a aucun critère dans leur vie de tous tes jours qui permet de les classer " secte " estime Michel Thooris, secrétaire général du syndicat Action Police CFTC. Ils ne créaient aucun trouble à l'ordre public. Ils travaillent, paient des impôts, participent au développement économique de notre pays et font des dons à des associations caritatives. Le mélange de ces personnes issues de toutes les races et de toutes les origines se rassemblant dans la paix fait plaisir à voir. Nous n'avons jamais constaté lors de leurs rassemblements, même si l'on remonte très loin dans le temps, la moindre bagarre ou altercation qui aurait justifié notre intervention. Si tout le monde était Témoin de Jéhovah, nous policiers, nous serions au chômage. Nous comprenons mal la polémique autour du rassemblement des Témoins de Jéhovah au stade Bollaert à Lens (62). Vouloir interdire ce type de rassemblement pacifique est une très grave atteinte à la liberté de culte dans notre pays et une remise en cause très profonde de la loi de 1901 sur les associations. C'est la porte ouverte sur un clientélisme religieux et une inégalité de traitement entre les différentes confessions, notamment les trois grands monothéismes en France: Juifs, Chrétiens et Musulmans. C'est contraire au principe républicain d'égalité. Demain, en fonction d'Intérêts politiques personnels propres, on interdira à tels ou tels groupements religieux de se réunir, c'est inacceptable. Pendant qu'on massacre les Chrétiens du Darfour dans l'indifférence générale, on tente d'interdire une religion chrétienne en France. "

 -Michel Thooris, secrétaire général du syndicat Action Police CFTC.