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20/05/2015

Génocides du Rwanda: entre la complicité des églises et l'échec de l'ONU

         (En mémoire à toutes les victimes innocentes des génocides du Rwanda à qui on devra la vérité)

Comment peut-on quitter une école retranchée qui abrite des centaines de familles et enfants quand derrière ses murs circulent des centaines de criminels, assoiffés de sang, armés de machettes, pour la plupart ivres et drogués ? C'est pourtant ce qu'a fait un contingent d'une centaine de casques bleus belges de l'ONU le 11 avril 1994 ! La suite fut une désolation horrible pour les plus de 2000 réfugiés qui se sont fait massacrés sauvagement sur place...Alors que le  Rwanda a connu plusieurs génocides un Tribunal pénal international pour ce pays (TPIR) vient d'établir des faits qui ont été longtemps renié...Voici le décryptage saisissant du carnage insoutenable qui en dit long sur les mécanismes de la manipulation des foules. Les récentes révélations font froid dans le dos (âme sensible s'abstenir).

Le Rwanda l'un des plus beaux petits pays d'Afrique qui comptait environ 7,9 millions d'habitants en 1994 a perdu en seulement 2 mois un huitième de sa population dans des massacres d'une sauvagerie qui dépasse l'entendement humain. Comment en est-il arrivé là ?

Les racines du génocide du Rwanda

On ne peut pas comprendre cette effroyable tuerie aveugle si on ne met pas les événements dans leur contexte.

cvg.jpgLe Rwanda est probablement le dernier pays d'Afrique exploré et colonisé par les européens. C'est à la Conférence de Berlin, en 1884, que les puissances coloniales vont se partager le continent africain. Les allemands vont s'atribuer le Ruanda-Urundi. Le comte allemand Gustav von Götzen (photo ci-contre) sera le premier Européen à traverser le Rwanda et être reçu à la cour du roi (Mwami) Kigeri IV Rwabugiri. Il sera le premier gouverneur du Rwanda sous mandat germanique. En 1894 il traversa le pays en 4 semaines et trouva les hutu dans une dépendance d'esclaves des Tutsi.

Bien qu'on ne possède que très peu de traces de son histoire plus lointaine, le Rwanda est composé de 3 ethnies différentes: les Hutu (majoritaires à 80% en 1994), les Tutsi (15%) et l'infime minorité Twa (1 %).

Les premiers colons allemands trouvèrent la population du Rwanda divisée en trois groupes :

  • Les agriculteurs Hutu (ou Bantou)
  • les chasseurs, cueilleurs et potiers pygmées Twa (ou Batwa)
  • les éleveurs, et chefs des armées Tutsi (ou Batutsi)

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Les premiers colons furent très impressionnés par la monarchie rwandaise, et considérèrent cette catégorie, les Tutsi, comme une « race » supérieure, assimilant aussi tous les Tutsi à ceux de la cour royale. Pour eux, les Tutsi sont plus grands (avec une taille de 1m80 à 2m10), plus clairs de peau, avec un nez plus long, plus beaux, plus intelligents, plus fiables, plus travailleurs, plus semblables aux européens en somme, ce qui les rendrait plus aptes à diriger. Ils constituaient un intermédiaire idéal utile c'est pourquoi les colons envoyèrent leurs enfants à l'école pour en faire une élite. Notons que certains Hutu pouvaient devenir Tutsi (en fonction de leur bétail) et vice versa.

ethnologues.jpgCes stéréotypes confortèrent l'idéologie ethniste et génocidaire. Des siècles de brassage entre ces trois groupes ont été parasité par de forts préjugés encouragés en partie par des colonisateurs occidentaux influencés par la théorie de Darwin sur la supériorité des races sur d'autres.

Pour contrecarrer les missionnaires anglicans le gouvernement allemand avait encouragé la fondation d’une première mission catholique. Celle-ci se révèlerait utile également dans l'éducation des foules. Dans cet œuvre d'exploitation, l'entreprise colonisatrice bénéficia d'un précieux pilier; le clergé catholique très présent. Pour garder la mainmise, à l'unisson ils vont contribuer à implanter localement de forts préjugés tribaux. Les premières missions catholiques à s'établir furent des Jésuites de l'OPUS DEI qui y voyaient l'occasion de créer une dictature catholique par le biais du Vicariat du Nyanza (Territoire sous juridiction de l’Église catholique indépendamment de l'autorité coloniale), lequel s'implanta de 1894 à 1929.

Les missionnaires qui semèrent la haine tribale

lavigerie.jpgLe cardinal Charles Martial Lavigerie (1825-92) fut le fondateur de la Société des missionnaires d'Afrique (les Pères blancs; une branche des Jésuites) qui devait pousser des études ethnographiques sur place pour les besoins de la science. En 1874, il déclarait à ses missionnaires qu’ils sont 'destinés par Dieu à être des instruments de ses miséricordes pour tant d’âmes plongées dans les ténèbres les plus affreuses de la barbarie'. A cela s’ajoute la fameuse malédiction des "Noirs" qui seraient les descendants de Cham le "maudit" fils de Noé (ce qui est bibliquement erroné). Dans ce contexte, dès 1890 le Cardinal charge l’Évêque Jean Joseph Hirth de consolider l’Église catholique dans la région et en particuliers au Rwanda.

Alors que les membres du clergé avaient une influence considérable sur les administrateurs et la royauté locale, dès 1919 des pères blancs ont changé d'attitude à l'égard des Tutsi. Selon un témoignage, "le père Brard admirait les Tutsi pour leur air intelligent, éveillé, curieux, mais discrets cependant, convenables dans leurs manières et méprisait les Hutu. Mais après quelques mois de relations fréquentes et frustrantes avec les Tutsi, [il] se mit à détester les chefs Tutsi: certains furent humiliés et contraints de transporter des briques..." En 1922, les pères Brard, Schumacher, Barthélémy déclenchèrent donc un vaste programme d'Inquisition, soutenu en sourdine par l'Evêque Léon-Paul Classe au Rwanda et le père Canonica au Burundi. Dans le contexte antisémite de l'époque le clergé stigmatisa les Tutsi 'd'ancêtres des juifs et d’envahisseurs'. Il y avait alors 30 000 missionnaires dans ce petit pays de plus de 4 millions d’habitants !

L'administrateur du Rwanda Richard Kandt écrira: "Si l’on fait abstraction de ce qu’il conviendrait plutôt d’attribuer à leur personnalité, tous les supérieurs [de missions catholiques], dans les premiers années de leur mission, avaient en commun une solide haine couplée à la méfiance envers les Watussi et des prises de position injustes contre les chefs ". L’évangélisation du Rwanda a été mise en œuvre dans la perspective d’évincer en même temps le pouvoir des Batutsi.

Plus tard (1923), suite à la défaite de l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale, la Belgique se verra confier l'administration du territoire Ruanda-Urundi par la Société des Nations (ancêtre de l’ONU). La Belgique confiera l'éducation de la population à L’Église. Elle était donc en terrain "fertile". L'éducation étant faite par l’Église, le Rwanda était appelé à être l'idéal chrétien: "le royaume de Dieu" sur terre".

 La question controversée de l'origine juive des Tutsis

 Pour certains historiens tout comme l'Institut Havilah (du nom de la célèbre région biblique selon la Genèse difficilement localisable les Batutsis sont d'origine hébraïques et descendraient de Salomon. « Nous lançons un appel à Israël et à la Communauté Internationale pour condamner et prendre des actions contre toute violence anti israélite, perpétrée par les non-israéliens à travers l'Afrique, sur plus de 500.000 Tutsi-Hébreux Israéliens au Rwanda. »- Le journal Jérusalem Post du 23 novembre 1998. D'autant plus que les Tutsis étaient réputés plus grands de tailles que les hutus ce qui correspondait à l'idée qu'on se faisait de ses ancêtres juifs. Ne voulant pas créer de nouveaux mythes sur les cendres des anciens, la Fondation Ntarama estime que l’enjeu de la théorie « radicaliste » de l’Institut  Havila est plus de nature politique qu’historique. S'il y a bien des juifs d'Afrique, il est difficile de bien retracer leur généalogie. Certains musulmans maliens ont, par exemple, des patronymes hébreux qui furent arabisés. Certains de leurs rites rappellent des pratiques religieuses juives.

 
Les Belges vont s’appuyer sur le Roi pour gouverner et favoriseront les Tutsi à qui ils confieront des tâches administratives importantes, quoique toujours subalternes. 

Alors que les pères blancs trouvaient les Hutu plus dociles pour en faire des adeptes les missionnaires protestants misaient sur les Tutsi. Les chefs Tutsi finirent par mépriser ouvertement les missionnaires étrangers. Du même coup, aux yeux de ces derniers, la "race supérieure" devenait "hautaine", "arrogante" et "hypocrite"... Les prêtres se faisaient donc un malin plaisir de maltraiter et d'humilier les chefs Tutsi !

"Les chefs, nous les avons laissés à l'écart. On a trop dit, un chrétien vaut mieux que dix Batutsi...nous avons souvent laissé à l'écart les Batutsi: trop riches, trop hostiles, ils ne sont pas encore mûrs pour notre sainte religion"- Note de l’évêque Léon-Paul Classe dans une lettre au supérieur général en 1907 ; Rutayisire, p.41.

La plupart de ceux qui étudient l'histoire des haines tribales du Rwanda accusent ouvertement les missionnaires qui ont évangélisé le Rwanda d’en être en partie responsables, pour avoir voulu à la fois semer et entretenir le bon grain et l’ivraie. En 1994 plus de 90% de la population se réclamait du christianisme, avec environ 73% de catholiques et 20 % de protestants.

Reste qu'en Kinyarwanda, la langue du pays, il n'existe pas de terme pour désigner l'ethnie. Les cartes d'identité « ethniques », instituées par les colons belges en 1931, utilisent le mot ubwoko, qui désigne en fait le clan. Comment ces stéréotypes ont-ils conduit aux massacres les plus sauvages du XX ème siècle ?

Chronologie du génocide tribal

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  •  Dans les années cinquante, l’élite tutsi formée en Europe était acquise aux idéaux tiers-mondistes et manifestait sa volonté d’indépendance, en allant jusqu’à contester l’omnipotence de l’Église. Dans ce pays devenu une théocratie catholique, c’était littéralement insupportable pour l’Église qui faisait du Rwanda-Urundi son fief et sa base d’implantation en Afrique centrale. Elle inversera donc ses critères de valeurs, idéalisant les Hutu comme « un peuple de Bantou très croyants, simples mais honnêtes et travailleurs », assujettis par « de cruels féodaux tutsi »
  • En 1956, le roi Mutara Rudahiga commence à discuter avec l’ONU afin d’obtenir l’indépendance du Rwanda. Il mourra 3 ans après dans des conditions mystérieuses.
  • En 1957, un séminariste catholique hutu, Grégoire Kayibanda (qui deviendra président du Rwanda) fait publier des Notes sur l’aspect social du problème racial indigène au Rwanda connu sous le nom de Manifeste des Bahutu. Ce texte fondateur des deux premières Républiques rwandaises a été rédigé par deux Pères Blancs belges, les Pères Ernotte et Dejemeppe, sous la supervision de Mgr Perraudin. Ce texte traduit bien le racisme « biologique » de leurs auteurs occidentaux.
  • eveque.jpgLe 11 février 1959, l’Évêque André Perraudin fait lire une lettre pastorale qui confortera l'intégrisme ethnique dans toutes les paroisses (ce qui fera de lui un des principaux idéologue et inspirateur de la Révolution sociale): « Dans notre Rwanda les différences et les inégalités sociales sont pour une grande part liées aux différences de race, en ce sens que les richesses d’une part et le pouvoir politique et même judiciaire d’autre part, sont en réalité entre les mains d’une même race » Ayant une énorme influence politique, il sera l'un des inspirateurs de la politique génocidaire en place. Il assimilera le retour des tutsi exilés à une "menace communiste qui vient de Satan".
  • En 1959 Kigeli V Ndahindurwa devient roi ce ne plaît ni aux représentants de l’Église, ni aux Hutu qui désirent être intégrés au nouveau gouvernement.Les manifestations vont dégénérer en guerre civile et beaucoup de Tutsi  sont tués. Les principaux promoteurs de la violence raciste sont les Pères Bellomi, Duchamp, Noti, de Vincke, Paul Klep, Jules Guyssens, Aelvoet, Dejemeppe, Endriatis, Ernotte et Perraudin — ce dernier en étant l’animateur principal —, tous mis en cause par des prêtres rwandais« pour avoir prêché ouvertement la haine contre les Tutsi, avoir encouragé et aidé les groupes responsables des violences».
  • Le 25 septembre 1960, un référendum est organisé. Ceux qui y participeront voteront à 80% pour la mise en place d’une république chrétienne et ethnique. L'ancien gouvernement quitte le pays vers l'Ouganda, ainsi que plus de 200 000 tutsi.
  • Aussi, en 1961, le parti politique hutu Parmehutu obtiendra 78% des sièges à l’Assemblée nationale du Rwanda. Pour la Belgique et l’Église catholique c’était, face à la volonté d’indépendance de l’élite tutsi, un moyen politique astucieux de préserver leur tutelle. Il formera le premier gouvernement hutu. Suite à ces événements, le Conseil de tutelle des Nations Unies insistera pour que la Belgique accorde l’indépendance au Rwanda. L’indépendance du Rwanda sera donc proclamée le 1er juillet 1962. Le 26 octobre 1962, Grégoire Kayibanda devient le premier président de la République du Rwanda.
  • En décembre 1963 suite à des combats à la frontière avec des éxilés qui reviennent, par représailles entre 8 000 et 12 000 hommes, femmes et enfants tutsi sont massacrés au pays. Le journal Le Monde évoque un génocide (édition du 4 février 1964)
  • En 1973, à la suite d'une violente campagne anti-tutsi dans les institutions scolaires, un coup d’État a lieu, et Grégoire Kayibanda est remplacé par son ministre de la défense, le général Juvénal Habyarimana. Le nouveau président Habyarimana ne sera pas aussi drastique dans sa politique de discrimination ethnique qui empêchait les Tutsi d’accéder à des postes de responsabilité politique. Il appliquera plutôt un système de quotas. Seuls 10% des Tutsi seront admis dans les écoles, les universités et les emplois, et presque aucun Tutsi ne pourra accéder à un poste de maire ou de préfet. Une nouvelle vague de Tutsi prendront le chemin de l'exil à la suite de ces événements.
  • En 1975, Habyarimana fondera son parti, le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND) dont la politique ethniste et raciste sera soutenue par l’Internationale Démocrate 'Chrétienne' (IDC) dont le secrétariat est basé à Bruxelles. Sur place les prêtres géraient les affaires du parti ! Pour aller à l'école les enfants devaient être baptisés.
  • En 1980 l'IDC organise sa première réunion publique international en Afrique à Kigali alors que le parti était une dictature qui enfermée en prison tous ceux qu'elle jugeait gênant. Grisée par son pouvoir l’Église possédait les meilleurs terres du pays alors que le menu peuple connaissait la misère. Il n'était pas question de mettre en place une politique de contrôle des naissances (vu que la contraception fut interdite) en royaume chrétien. Ce qui explique la forte croissance démographique du pays.
  • En 1987, les exilés tutsi s’organisent et forment le Front patriotique rwandais (FPR).
  • Après avoir été formé dans des écoles militaires aux Etats-Unis et à Cuba, Paul Kagame lance au début des années 1990 des opérations militaires du Front patriotique rwandais (FPR) depuis l'Ouganda avec d'autres exilés tutsis rwandais
  • Le Pape Jean Paul II se rend au Rwanda très catholique en septembre 1990.
  • L’Armée patriotique rwandaise (APR), la branche armée du FPR, attaqua le nord du Rwanda le 1er octobre 1990. Environ un million de personnes essentiellement des hutu fuient les combats et se déplacent vers le sud.
  • Aussitôt, le président Habyarimana demanda l’aide des pays alliés, dont la France, la Belgique et le Zaïre. En même temps, à Kigali, les Tutsi sont traqués, car ils sont considérés comme des traîtres qui supportent le FPR. Pour Mittérand le FPR est une menace de la prépondérance anglo-saxonne sur un territoire francophone, un ennemi des intérêts de la France.
  • Dès le 4 octobre 1990, la France, le Zaïre et la Belgique interviennent brièvement pour aider à évacuer des occidentaux. Le soutien militaire français fort de 688 hommes est maintenu sous la dénomination opération Noroît jusqu'à la mise en place des troupes de l'ONU. Le ministre de la coopération Robert Galley témoignera que l'armée française a bien été utilisée afin de stopper l'avancée du FPR. De 1990 à 1993 les FAR sont formées et réorganisées par l'armée française, pour contrer les attaques du FPR. Au nom d'une opération secrète, les livraisons d'armes qui ont été effectuées pour cela vont finalement servir aux génocidaires !

    Des machettes financées par une association vaticane

    Au moins cinq cent mille machettes avaient été achetées par le Rwanda entre 1992 et 1994 pour une valeur de 725.669 dollars américains, provenant du détournement des aides extérieures. Parmi ces machettes, 816 auraient été achetées en commande spéciale par Caritas-Rwanda, le 5 août 1993, auprès d’une société locale de Kigali, Rwandex-Shillington. Ces machettes ont ensuite été distribuées dans tous les centres de santé et centres nutritionnels de l’Église catholique du Rwanda, partout dans le pays. Caritas est une association vaticane à laquelle est affilée le Secours Catholique français.

 

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  • Le général Varret, de l'armée française, a rapporté aux députés français avoir entendu en 1990 du principal responsable de la gendarmerie rwandaise l'explication suivante à propos des Tutsis : « ils sont très peu nombreux, nous allons les liquider »
  • Les autorités de Kigali entament dès octobre 1990 une politique de traque des Tutsi à l'intérieur du Rwanda. Plus de 10 000 Tutsi sont emprisonnés. La majorité d'entre eux échappe aux exécutions envisagées grâce aux interventions de la communauté internationale et des ONG. L'ambassadeur de Belgique prendra spectaculairement et courageusement la parole au nom des Droits de l'Homme au milieu de milliers de Tutsi détenus dans le stade Amahoro à Kigali. Malgré ces interventions, plusieurs dizaines de prisonniers succombèrent aux tortures pendant les interrogatoires dans les diverses prisons du pays.
  • Le 15 octobre 1990, l'ambassadeur de France au Rwanda, Georges Martres, adresse un télégramme au chef d'état-major particulier du président Mitterrand, dans lequel il mentionne le risque d'un génocide contre les Tutsi. Malgré cet avertissement, le gouvernement français va continuer d'aider le régime d'Habyarimana.
  • En décembre 1990 sont publiés et diffusés les 10 commandements hutu parmi lesquels celui de "cesser d'avoir pitié des tutsi".
  • Dès janvier 1991, dans le Nord-ouest du pays le massacre de la tribu minoritaire Bagogwe (apparenté aux tutsi) est organisé dans des camps où sont aussi installés les formateurs de l'armée française qui prétendent n'avoir rien remarqué. Ce massacre sera perçu comme une répétition du génocide. Les autres Tutsi sont traqués par leur voisinage, au gré de l'obéissance des autorités locales aux injonctions gouvernementales. La Fédération internationale des Droits de l'Homme fera deux rapports en 1992 et 1993 sur ces événements pré-génocidaires.

« Là il y avait une queue de véhicules qui attendait un contrôle. La tension était à vous couper le souffle. De loin j’ai aperçu les autos blindées [...] avec comme chauffeurs des militaires blancs. Mes amis canadiens ont chuchoté : “les Français”… Nous avons vu les militaires qui contrôlaient, les miliciens qui tenaient les barrières en agitant les machettes dans tous les sens. [...] Je me suis rendu compte que parmi les militaires il y avait aussi des Français qui demandaient aussi les cartes d’identité des Rwandais où figurait la mention “Hutu, Tutsi, Twa”. Les Tutsi se faisaient sortir de la voiture et les militaires français les remettaient aux mains des miliciens agacés qui les coupaient à coups de machettes et les jetaient [...] au bord de la grande route [...]. »-Témoignage d'une rescapée dans un bus fuyant le pays en avril 1991 à Ruhengeri, au croisement de la route de Kigali et de la montée vers les volcans.(cité dans le Communiqué de presse du 22 mars 2004 de la « Commission d’enquête citoyenne sur le rôle de la France durant le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 », Paris du 22-26 mars 2004)

  •  En 1992, le MRND créera la tristement célèbre milice Interahamwe (qui signifie en kinyarwanda « ceux qui combattent ensemble »). Les partis d’opposition remporteront les élections et le président Habyarimana perdra progressivement une grande partie de ses pouvoirs. Mais le président avec les milices Interahamwe et la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) qui seront les principaux organes du génocide s'autoqualifieront de Hutu Power. La radio qui appelle au meurtre des Tutsi dès 1992 est un élément important du conditionnement des esprits. Parmi ses animateurs un belge Georges Riggiu proche de l'IDC qui lança des prêche haineux contre les tutsi sur fond religieux !
  • Au début de 1993, le FMI et la Banque mondiale mettent fin à l’aide monétaire qu’ils offraient au gouvernement en place. Le Président Habyarimana est donc contraint de signer les accords d’Arusha (Tanzanie) qui prévoient la mise en place de nouvelles institutions de transition. La mise en œuvre de ces accords est partiellement retardée par le président Habyarimana dont les alliés extrémistes de la CDR (Coalition de défense de la République) n’acceptent pas les termes.
  • Le 3 mars 1993, face aux accusations de la presse sur place, « pour renverser les charges », le général Quesnot propose au président Mittérand d'incriminer la rébellion en exigeant « une réorientation forte et immédiate de l'information des médias [français] sur notre politique au Rwanda en rappelant notamment (…) les graves atteintes aux droits de l'homme du FPR : massacres systématiques de civils, purification ethnique, déplacement de population… ».
  • bago.jpgA la fin de l'année 93 le pouvoir ne pourra plus contrôler les milices ou escadrons de la mort qui font régner la terreur dans les rues sous la direction du colonel de l'armée Theoneste Bagosora. Il a organisé "dans l'ombre" la distribution des machettes et les mouvements des milices sanguinaires pour qu'elles "tuent 1000 tutsi à la minute".
  • Arrivée de la MINUAR, le contingent des casques bleus commandée par le général Dallaire en décembre 1993 avec environ 2 300 hommes, essentiellement des Bangladais, des Belges et des Ghanéens.
  • Dans un câble crypté le général Dallaire, commandant la MINUAR, informe le Secrétaire général de l'ONU, le 11 janvier 1994, de la mise en place de listes de Tutsis dressées.
  • Dans un télégramme diplomatique du 12 janvier 1994, l'ambassadeur de France à Kigali rapporte les confidences d'un informateur du représentant des Nations unies, qui lui a livré les détails « graves et plausibles » d'un plan de déstabilisation radicale du pays grâce à des provocations contre les troupes du FPR à Kigali, pour susciter une riposte. « Les victimes rwandaises que ne manqueraient pas de provoquer ces réactions seraient alors le prétexte à l'élimination physique des Tutsis de la capitale », explique le diplomate
  • En mi-mars 1994, selon ses aveux qu'il fera plus tard, le père Theunis connaissait le but des extrémistes de la CDR (la Coalition pour la défense de la République et de la démocratie) : « recommencer les massacres de 1959 »
  • Le 3 avril 1994, un message bizarre est diffusé sur la RTLM: "Le 4 et 5 avril il va se passer un petit quelque chose à Kigali en ces journées de Päques; une petite chose est prévue à Kigali, cette chose va continuer les jours suivants". Pour certains c'est un aveu de planification du génocide.
  • Le 6 avril 1994, l’avion du président Habyarimana est abattu par des missiles sol-air alors qu’il s’apprêtait à atterrir à Kigali. Les deux parties antagonistes vont s'accuser mutuellement pour cet assassinat. Les membres dissidents du gouvernement, dont la première ministre Agathe Uwilingiyimana ainsi que des opposants, sont éliminés dès le lendemain et un gouvernement intérimaire est mis en place à l'ambassade de France, avec Jean Kambanda pour premier ministre. C’est le début du génocide.
  • Le jour même la Radio RDMC ('radio machette') utilise le drame pour inciter les hutu à éradiquer les tutsi en diffusant la liste des noms des personnes à éliminer.

Kantano_Habimana.jpg « Les Inyenzi-inkotanyi [cafards-Tutsi] sont une race de gens très mauvais. Je ne sais pas comment Dieu va nous aider à les exterminer…Continuons à les exterminer pour que nos petits enfants n’entendent plus parler d’Inkotanyi. » « Réjouissons nous, amis ! Les Inkotanyi ont été exterminés…Dieu est juste ! »-Déclaration chantée de Kantano Habimana (probablement drogué), Radio Télévision Mille Collines, 2 juillet 1994.

  •  Le 7 avril, la garde présidentielle assassine le premier ministre qui s'apprêtait à lancer un appel au calme à la radio nationale. Dix casques bleus belges qui assuraient sa protection sont désarmés et eux-mêmes assassinés plus tard dans la matinée.
  • Les journalistes à la radio RTLM entrain de fumer de la drogue appelèrent la population hutu à dresser des barrages pour servir "d’abattoirs". Ils encouragent les tueurs à prendre de la drogue "pour avoir plus de courage et à ne laisser passer aucuns cafards qu'il faut massacrer."
  • baril.jpgSelon plusieurs sources Paul Barril (ancien responsable du GIGN et conseiller du Président Juvénal Habyarimana) aurait été l’intermédiaire dans l’achat de deux missiles sol-air, entre novembre 1993 et février 1994, pour le compte du Hutu Power. L'ex-gendarme affirmera plus tard agir sur les ordres de François de Grossouvre (de l'Elysée). Il se vanta d'avoir assuré la défense de Kigali face aux rebelles du FPR sous l'opération appelé "Insecticide" financée par l’État français (ce fut sous le qualificatif de cafards qu'on traitait les tutsi)
  • Le 7 avril, le jour même, François de Grossouvre, le conseiller international des avions Marcel Dassault du président Mittérand est retrouvé mort à l'Elysée ! Celui qui était comme les yeux du président et qui avait tissé de grands réseaux d'affaires et politiques en Afrique (étant franc-maçon) était devenu subitement la bête noire du président. La thèse du suicide est officiel alors que le rapport d'autopsie précise que le corps de Grossouvre présentait « une luxation avant de l'épaule gauche et une ecchymose à la face ». En réalité étant proche d'Habyarimana il fut probablement impliqué dans le génocide. En savait-il trop ? Le mystère demeure. La coïncidence est tellement évidente qu'elle amène à penser que l’Élysée était tellement impliquée qu'elle a voulu cacher certaines choses gênante en rapport avec le Rwanda.
  • Beaucoup d'églises dans lesquelles viennent se réfugier des milliers de Tutsi deviennent "des chambres de la mort" où des miliciens viennent achever un par un les tutsi, femmes enfants compris, avec la complicité et parfois l'aide des membres du clergé !
  • Du 7 au 10 avril des milliers de Rwandais cherchent refuge dans les divers cantonnements de la MINUAR. Celle-ci se trouve débordée et n'a pas les moyens de leur apporter eau et nourriture.
  • Le 8 avril 1994 la France et la Belgique évacuent leur ressortissants. Les soldats n'ont pas le droit de confisquer les armes ni d'intervenir. Le colonel Marchand du contingent belge avouera plus tard que "si ses supérieurs avaient une vision plus responsable des choses, il avait suffisamment de troupes sur place pour empêcher que le génocide démarre à Kigali"
  • Le 9 avril, madame Agathe Habyarimana la veuve du défunt président est exfiltrée en France et reçoit une gerbe de fleurs, un appartement en dotation et 200 000 francs pour frais de bouche- (L’Inavouable, Les Arènes, 2004, de Patrick de Saint-Exupéry, page 259.)
  • Dans un communiqué du 10 avril 1994, publié dans l'Osservatore Romano, les évêques de l’Église catholique du Rwanda, apporte clairement leur soutien au nouveau gouvernement intérimaire et aux forces armées rwandaises.
  • Le 11 avril 1994, sur ordre de l'état-major belge, les soldats belges de la MINUAR cantonnés dans l’École technique officielle Don Bosco (ETO) , dans l’est de la capitale, se replient pour aller renforcer l'aéroport, abandonnant de fait les plus de 2000 rwandais qui s'étaient réfugiés à l'ETO à leur sort. Ceux-ci sont aussitôt massacrés (voir en introduction). Une centaine de rescapé a réussit à survivre.
  • Alors que les appels à envoyer des hommes de Boutros Ghali le secrétaire général de l'ONU restent lettre morte pour des raisons financières, le 21 avril 1994, la résolution 912 de l'ONU réduit les effectifs de la MINUAR à 270 personnes, soit 10 % de ce qu'elle était sur le terrain et 5 % de ce qui avait été prévu initialement. Le représentant du Rwanda à l'ONU fait passer son pays comme "victime d'une invasion étrangère" pour susciter la sympathie des autres pays. La secrétaire aux affaires étrangères Madeleine Albright, et l'ambassadeur français à l'ONU firent pression pour que le terme génocide ne soit pas employé tout en parlant de "guerres ethniques". Les troupes doivent se retirer ce qui suscite la colère des casques bleus sur place.
  • L'armée française qui a évacué les ressortissants vers la métropole avait reçu la mission secrète de protéger la famille du président déchu et le directeur de la radio des milles collines en les exfiltrant sous protection ! Elle devait aussi empêcher le FPR de progresser. Elle livra donc des minutions aux soldats rwandais qui ont les mains plein de sang.
  • Le 27 avril, au milieu du génocide, Jean-Bosco Barayagziwa, idéologue et leader du Hutu Power fut reçu officiellement à l'Élysée, à Matignon et au Quai d' Orsay, par François Mitterrand, Édouard Balladur et Alain Juppé . Pourquoi s' en offusquer ? « Dans ces pays-là, un génocide, c'est pas trop important », confiera le Président à des proches, durant l'été 1994 .
  • Le 8 juin 1994, 2 mois après que ses observateurs soient sur place,  le Conseil de sécurité de l'ONU dénonce des actes de génocide commis au Rwanda.
  • Le 22 juin 1994, la France intervient au Rwanda dans le cadre de l'opération Turquoise, autorisée par la résolution 929 des Nations-Unies (Action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression), elle est dotée du mandat de pouvoir agir par la force, mandat qui a toujours été refusé à la MINUAR qui intervenait au titre du chapitre VI. Les zones d'intervention de la France, au sud-ouest du Rwanda, sont négociées avec le FPRL. Mais l'opération Turquoise fut ainsi un formidable trompe-l'œil. L'alibi humanitaire ne trompait que les caméras complaisantes. Le corps expéditionnaire français de plus de 2500 militaires était équipé de véhicules blindés, pour le combat. Il s'avéra souvent incapable de transporter et sauver les survivants Tutsis qu'il découvrait : drôle d' opération humanitaire ! Les organisateurs du génocide préparèrent un accueil triomphal aux troupes françaises. Leur station de radio, RTLM , avait même pensé aux détails. Plusieurs jours avant l'arrivée des Français, elle diffusait des messages du genre : « Vous, les filles hutu, lavez-vous et mettez une belle robe pour accueillir nos alliés français. Toutes les filles tutsi sont mortes, vous avez vos chances .»

La complicité de la France dans le génocide

Pour Annie Faure de l’association sur place des Médecins du Monde,  « l’opération Turquoise a permis de  tuer plus de Tutsi, elle a été faite pour sécuriser les tueurs et leur permettre d’exterminer les Tutsi restant. Par cette opération la France a entérinée sa solution finale à elle. ».

 

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  •  Le 28 juin 1994 les soldats français arrivent dans la forêt du Bisesero pour aider 50 000 tutsi entourés par des meutes de tueurs sauvages hutu lourdement armés et épaulés par des militaires et gendarmes rwandais formés eux-mêmes par des instructeurs français. Comme les tueurs s'étaient cachés, ils repartent et promettent de revenir dans 3 jours. En revenant, ils découvrent malgré les tueries parfois à la grenade, une sorte de foyer de résistance qui ressemblera au ghetto de Varsovie.  Ils installent les quelques centaines de rescapés dans un camp.
  • De son côté les troupes du général Belge Dallaire vont sauvé environ 30 000 tutsi.
  • Tout au long du mois de juillet l'armée française va permettre à des milliers de génocidaires hutu de fuir au Zaïre (actuel Congo) dans des camps de refugiés pour éviter les poursuites et représailles du FPR qui en avançant par le nord en exécutant des hutu (entre 25 et 45 000 ). Des exactions génocidaires furent donc commis des 2 côtés.
  • Le 4 juillet, les troupes du Front patriotique rwandais (FPR), conduites par l’actuel président Paul Kagamé, s’emparent de Kigali après une longue avancée depuis l’Ouganda, au nord du pays. Ils mettent un terme à 100 jours de génocide contre les Tutsi et les opposants hutu, en faisant tomber le régime de Juvénal Habyarimana. Le génocide aura fait entre 800 000 et un million de morts en grande partie tutsi.
  • Le 17 juillet l’état-major tactique français organisa l’évacuation vers le Zaïre du gouvernement génocidaire rwandais
  • La plupart des médias français à la grande déception des journalistes sur place se focaliseront sur l'épidémie de choléra qui affectait les réfugiés hutu pourtant génocidaires au Zaïre, alors que 3 km de l'autre côté de la frontière le pays était tapissé de cadavres. La tentative pour occulter le génocide réussit mais pas pour longtemps.
  • À partir du 15 septembre, la force africaine présente en Centrafrique passe le flambeau aux Casques bleus de l’ONU. La nouvelle mission onusienne, la Minusca, va déployer 7 600 hommes, dont une grande partie se trouve déjà sur place. À terme, elle devrait compter 12 000 hommes.
  • Une fois que le FPR pris le contrôle du pays il mit en prison de nombreux génocidaires. L'IDC a exigé à plusieurs reprises leur libération ! Ce qui lui fut refusé.
  • Le 25 mars 1998 le président Bill Clinton s'est déplacé jusqu'à Kigali pour présenter ses excuses au nom de sa nation. Il expliquera qu'il n'était pas intervenu parce qu'il n'y avait aucuns intérêts en jeu pour les américains tout en reconnaissant sa part de responsabilité dans la tragédie du Rwanda.
  • Le 15 janvier 2005, huit mille nouvelles juridictions gacaca (tribunaux populaires chargés de juger les auteurs présumés du génocide rwandais de 1994 — prononcer « gatchatcha ») ont entamé la phase administrative de leur travail. Elles s'ajoutent aux sept cent cinquante gacaca pilotes mises en place depuis 2001 dans certaines régions du pays. Les gacaca sont inspirées des anciennes assemblées villageoises sauf qu'ici certains jugent ont de la famille parmi les inculpés. Elles ont été créées pour juger tous les présumés auteurs du génocide à l’exception des planificateurs et des personnes accusées de viols qui sont jugés par les tribunaux conventionnels ou par une juridiction de l'ONU.

Le guêpier rwandais qui implique la complicité internationale

La décision de l'ONU de ne pas intervenir au Rwanda partait du constat d'échec de ses casques bleus à Mogadiscio en Somalie qui étant sous couvert du fameux paragraphe 7 stipulant qu'ils pouvaient utiliser la force s'est soldé par la mort d'une cinquantaine de soldats onusiens. L'ONU de guerre lasse a donc cédé le terrain aux tueries les plus folles...Paradoxalement se sont les militaires français dépêchés un peu tard pour protéger les civiles (en réalité principalement les hutus des représailles des forces rebelles ) qui ont agit sous le paragraphe 7 de l'ONU ! Les responsables politiques de gauche comme de droite vont jusqu'à ce jour toujours nier ou minimiser leur responsabilité dans ce génocide, allant jusqu'à dire que "si c'était à refaire ils referaient la même chose". Aujourd'hui les politiques concernés continuent de réfuter les accusations de complicité. A supposé que ce soit faux on ne peut pas dire que les opérations militaires françaises soient une réussite. Ce carnage insoutenable à grande échelle sur 3 mois démontre plutôt l'incompétence de toutes les autorités qui auraient pu l'éviter.

Du côté des français et de l'Onu auquel ils étaient affiliés, les militaires furent obligés d'obéir aux ordres; ils ne pouvaient pas faire usage de leur conscience ou de leur humanité sans en avoir à en rendre compte à leur hiérarchie: ils fonctionnaient donc comme une espèce d'instrument ou de machine. Ce "machin" comme disait De Gaule ou cette "chose" a hélas causé une horrible désolation en Afrique.

Le fait que des milliers de génocidaires aient traversé la frontière au Congo a participé à la déstabilisation toute entière de la région qui a encore des répercussion aujourd'hui. Les tensions perdurent (voir ancien article à ce sujet). Même si les conflits interethniques ou interraciaux se sont estompés, il demeure une force de motivation beaucoup plus grande qui malheureusement entraîne encore des guerres. Ces tensions sont encore de nature religieuses.

La complicité des églises

Concernant le cas spécifique du Rwanda, on a constaté qu’une distance de façade est affichée publiquement par l’Église vis-à -vis de ses membres impliqués dans le génocide. Mais en même temps, cette soi-disant distance s’accompagne d’une forte solidarité discrète de la hiérarchie catholique, envers ces hommes et ces femmes aux mains criminellement souillées. Jusqu’à maintenant, aucune mesure ne serait-ce que disciplinaire (encore moins un châtiment canonique) n’a été prise à leur endroit, de la part de l’Église. Pire encore, on leur confie divers ministères pastoraux, et toute dénonciation de leurs crimes est considérée comme une persécution de l’Église. Parmi les cas connus du grand public, il y a celui du tristement célèbre Abbé Wenceslas Munyeshyaka qui vit à Gisors, près à Évreux en France. Son cas est un symbole vivant de l’impunité bénie et soutenue par l’Église catholique. Le cas de l’Abbé Wenceslas a même valu à la France une condamnation par la cour européenne des Droits de l’Homme, pour ne l’avoir pas jugé dans un délai raisonnable. Ce verdict date d’il y a dix ans, c’était le 8 juin 2004. D'autres affaires récentes concernant des responsables religieux sont en cours.

"S’il est effectivement certain que la France aura été le bras armé du génocide, il est non moins avéré que – avant, pendant, comme après – le Vatican et l’église catholique au Rwanda auront eu des responsabilités tout aussi décisives. Il n’est pas exclu qu’en tournant nos regards vers Rome, on découvre un jour les ressorts de ce crime inconcevable"- Jean Paul Gouteux, chercheur en entomologie médicale à l’Institut de recherche pour le développement.

Des protestants sont aussi impliqués. Par exemple, Michel Twagirayesu, président de l'Église presbytérienne du Rwanda et ancien vice-président du Conseil Œcuménique des Églises a été accusé par des membres de la municipalité et par des paroissiens d'avoir eu une participation active.

Il est fort intéressant de noter que la première liste officielle des présumés génocidaires concernait quelques deux mille personnes toutes responsables du crime de génocide, or parmi celles-ci figuraient onze ecclésiastiques de l’Église Catholique dont deux missionnaires européens: l'abbé Maindron Gabriel (de France) et le prêtre Bellomi Carlo (d'Italie) ! L'affaire du génocide au Rwanda est clairement à rattacher à toute une idéologie extrémiste catholique qui s'est installée en un laps de temps d'au moins 30 ans.
Certains parlent de filières vaticanes (Opus Dei ?) qui auraient permis à une cinquantaine de prêtres rwandais génocidaire de fuir vers l'étranger en particulier au Canada. Reste qu'en 1997 le Pape Jean Paul II a envoyé une lettre publique pour absoudre l’Église catholique de toute responsabilité au sujet du drame rwandais ! Trois ans après avoir fait disparaître les preuves  ?

L’attitude du Vatican sur le Rwanda en 1994 en question:

 « N'avoir jamais condamné la discrimination raciale dans le pays, pis, l'avoir pratiquée activement sur le terrain et au plus haut niveau dans les instances officielles de l’Église rwandaise, puis se taire alors qu'on peut et qu'on doit défendre les victimes tutsi pendant et après le génocide, enfin demander avant leur procès la clémence pour les bourreaux hutus armés avec le silence complice des autorités religieuses du pays - ce qu'a fait Jean-Paul II -, voilà qui ressemble étrangement au comportement de Pie XII avec les juifs pendant le IIIe Reich, non ? »-Michel Onfray

Dans ce contexte, la folie funeste à gagner tous les courants religieux, à l'exception des Témoins de Jéhovah. Même des pasteurs de l’Église pentecôtistes ont participé aux massacres.

Le Rwanda l'exemple typique de l’échec de l’Église catholique

Rappelons que le pays était presque qu'un territoire à 73 % catholique avec des élites le plus souvent gagné à ces enseignements implantés depuis plus d'un siècle. Comme le reconnaîtrons des ecclésiastiques les foules de tueurs n'ont pas comprises le message du christianisme; elles étaient chrétiennes pour la forme. On ne leur avait pas enseigné les valeurs simples de fraternité et d'impartialité. Pire la plupart des membres du clergé avaient soutenu, quand ils ne les ont pas fomenté, les idéologies racistes et anti tutsi. C'est l’échec tout entier de ce qui était une dictature catholique. Aujourd'hui le nombre de rwandais qui se disent catholiques est estimé à moins de 43 % au lieu de 73 % il y a 20 ans. C'est dire combien la désaffection fut importante. Loin de conforter leur religion les jésuites ont lamentablement échoué dans leur entreprise qui s'est retournée contre leur propres plans.

L’exploitation des peurs et complexes à l’origine de la haine ethnique

Au lieu d’enseigner les vraies valeurs, les pères blancs ont exploité les plus bas instincts pour parvenir à leurs fins.

Il est arrivé que des hutu de petites tailles qui s'en prirent à des tutsi de plus grandes tailles les narguaient en leur coupant les pieds pour qu'ils soient de mêmes tailles ! Ce qui est surprenant dans ce drame c'est de voir comment des frustrations naissant de complexes de petites tailles ou d'infériorité peuvent conduire à une haine aussi ridicule et monstrueuse ! Ces incidents ignobles en disent long sur le fond du génocide: une profonde jalousie malsaine qui affecte l'ensemble d'un groupe ethnique. Certains hutu pratiquaient toujours leurs rites sorciers dans les camps de réfugiés de Ngara dans le nord de la Tanzanie en sacrifiant la nuit des individus.

Autre détail significatif; le sentiment d'appartenir à une caste pauvre qui serait exploité par une riche là aussi c'est un autre facteur de haine. Beaucoup se sont vengés par cupidité en volant tout à leurs victimes.

Enfin l'effet miroir; j'accuse donc je suis. Sous l'effet de la propagande et de la peur les génocidaires ont attribués à leurs victimes leurs propres intentions meurtrières. L'effet de groupe a fait s'enflammer la haine.

Par contre tuer des enfants, des nourrissons, des femmes après les avoir violé et éventré; tout ceci est proprement inhumain. On ne peut expliquer cette folie démoniaque que par l'intervention d'esprits cruels et profondément malfaisants.

 

Le dernier génocide du XX ème siècle fut sans doute le plus rapide et il a entre autres rayé de la carte plus de 70 % d'un groupe ethnique dans l'indifférence totale de la communauté internationale. Les médias français ont réussit à berner l'opinion publique pendant des mois en 1994; l’histoire montre que cela peut se répéter, obéissant aux diktats de la pensée unique. Pire ils peuvent toujours aussi facilement basculer dans la stigmatisation et la haine. Le temps écoulé nous permet de saisir, a posteriori les raisons qui ont poussé les Pères Blancs, à recourir à la politique du bâton et de la crosse, lors de leur apostolat au Rwanda. De mon point de vue, mais je veux rester humble, car il est très facile de parler vingt ans après les faits, toute la lumière n'a pas été faite sur ceux qui ont plus ou moins échafaudé ce macabre plan. Néanmoins on ne peut que saluer le courage et l'endurance des rescapés qui dans leur silence sont un témoignage vivant de l'extrême cruauté possible qui peut encore gagner les humains. Leurs souffrances relativisent largement les nôtres.

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J'apprécie vraiment votre blog.

Écrit par : invité | 02/12/2014

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