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14/06/2014

Quand la sortie du film Cristeros en France dérange

Beaucoup comme moi ont été troublé et touché par le film Cristeros, que j'ai vu avec beaucoup de mal puisque peu de salles le projetaient à Paris (serait-ce une forme de censure ?). C'est un film très dur (âme sensible s'abstenir et à déconseiller aux enfants) mais bien interprété qui montre de façon réaliste le martyr de certains catholiques engagés dans une lutte insurgée contre les autorités mexicaines dès 1926. Ce film a la particularité d'être un aperçu de ce qui risque d'arriver bientôt un peu partout...Je retranscrit en partie ci dessous un article très intéressant d'un blogueur anonyme sur le site AgoraVox:

"Le long-métrage de l'américain Dean Wright consacré à la guerre des Cristeros qui fit autour de cent mille victimes civiles au Mexique de 1926 à 1929 sort enfin en France. Il est étonnant que cette fresque, un des plus gros budget du cinéma méxicain, qui a réalisé plusieurs millions de dollars de recettes aux USA ne sortent que maintenant en France, deux ans après sa réalisation. Il est vrai que les valeurs portées par cette oeuvre historique ne sont pas en phase avec celles de "l'intellegensia" hexagonale...

calles 2.jpgPetit rappel historique. La guerre des cristeros est une insurrection de paysans catholiques contre un gouvernement laïc et franc-maçon qui entendait retirer à l'église, très puissante au Mexique à l'époque, son influence sur la vie publique. Le président Calles (photo ci-contre) a ainsi fait fermer de force des églises, arrêter des prêtres, maltraiter des fidèles... les manifestations hostiles aux projets gouvernementaux furent durement réprimées. Une réaction à la vendéenne s'est alors développée, une guerilla qui a viré à un affrontement virulent entre 100000 "chouans" insurgés et 50000 soldats de l'armée régulière. Les combats ont duré trois ans et se sont poursuivis au-delà d'un armistice de façade signé en 1929, après que le pouvoir mexicain eut fait quelques concessions suite aux pressions [tardives] du Vatican. Le bilan humain de cette tragédie fut effroyable, exécutions sommaires, massacres, viols de masse, pendaisons de prisonniers et de leurs familles à des poteaux télégraphiques (...).

 L'acteur principal, Andy Garcia, est convaincant dans le rôle du général rebelle. Peter O'Toole, dans sa dernière apparition à l'écran, est excellent, interprétant avec justesse le rôle du curé assassiné de sang-froid par les soldats gouvernementaux. La réalisation est efficace et prenante. Mais alors pourquoi cette œuvre n'a pas été diffusée plus tôt en France, et pourquoi les médias officiels n'en font pas une juste promotion ?

 

C'est que les thèmes évoqués par le film dérangent. Combattre pour défendre une foi, des valeurs morales, un mode de vie et d'une manière générale des principes conservateurs, cela est insupportable pour notre oligarchie culturelle de bobos bien-pensants tendance socialisme de salon ; une exception française. De plus cette production est sortie des boîtes au mauvais moment en France. Celui où une partie de la population était dans la rue pour protester contre les lois sur le mariage gay. (...)

Du coup la sortie en France d'un film comme "Cristeros" faisait mauvais genre et risquer de galvaniser une partie des "réactionnaires militants". Car il y a un parallélisme entre les deux causes, la remise en cause de principes moraux issus de la doctrine de l'église par un gouvernement certes légitime car élu, mais composé de nombreux membres de réseaux philosophiques à l'instar du président mexicain Calles. Conflits d'intérêts, de conceptions de la société, de principes.

Je ne suis pas "catho-tradi", ni franc-maçon. Je pourrais être l'un ou l'autre, on me l'a proposé (...). Le cinéma de propagande de type indigènes, mon colonel, 24 jours, la marche ou encore qu'est qu'on a fait au bon dieu ? très peu pour moi. (...)

Il s'agit bien là d'un problème culturel spécifique à notre pays. Les vendéens, les sudistes américains, les boers et les cristeros mexicains sont considérés comme des crétins refusant le progrès et le bon sens. Pour certains leur mort était donc justifiée, comme Staline et Beria ont justifié l'extermination de 6 millions de paysans ukrainiens en deux ans car ils trouvaient ces gens idiots et arriérés. Pire, ils ne pensaient pas comme eux, n'avaient pas leurs représentations mentales. Au fait, quels manuels d'histoire évoquent le triste sort des cristeros et des paysans d'Ukraine ? (...) 

Les véritables démocrates sont ceux qui acceptent la différence, les opinions et le mode vie de l'autre. Les extrêmistes sont les sectaires qui refusent toute discussion et toute réflexion ; pour eux il y a les "bons" et les "méchants" à combattre, point barre. Staline, Mao, Hitler, Mussolini, Franco, Pinochet, Castro et autres ne formaient qu'un ensemble de dictateurs imposant leurs vues culturelles. Or les catholiques pratiquants, comme les athées, les gens de couleur, les musulmans, les gays, les royalistes romantiques, les paysans ukrainiens et les témoins de Jehovah ont le droit de vivre et de cohabiter pacifiquement, dans le respect de ce qu'ils sont. C'est le principe de base de la démocratie, a priori..."

Contexte de l’époque à prendre en compte :

calles.jpg

Bien avant la France, depuis 1860 le Mexique pratique une politique de séparation de l’Église et de l’État ! Le dictateur Plutarco Elías Calles a vécu jusqu’en 1945, puisqu’il a quitté le pouvoir en 1934 et s’est réfugié aux États-Unis. Dans les années 20 certains politiciens voyaient d’un mauvaise œil les débordements publiques des manifestations pieuses de 'la classe mexicaine pauvre' ; les superstitions, les processions et les images en faveur de la Vierge de Guadalupe par exemple qui étaient courantesDes prêtres prenaient aussi facilement position dans les débats politiques. La plupart des biographes et historiens s'accordent sur le fait que Calles ait fréquenté les loges franc-maçonnes, sans être certains que cela soit à l'origine de ses opinions christianophobes*. En effet il semble qu'il soit devenu athée depuis l'enfance. Les sentiments anticléricaux étaient fortement exacerbés à l'époque dans 'la classe des instruits' (comme aujourd'hui). Face à l'anticléricalisme ambiant les Témoins de Jéhovah présents au Mexique à l'époque avait trouvé la parade; ils ont effectué une demande de reconnaissance  en 1930, en insistant sur leur neutralité dans les affaires politiques et les bienfaits sur le plan moral, culturel et mental de leurs enseignements sur toutes les classes de gens. Face à l'ignorance et au fanatisme l'aspect instructif était mis en avant. Le gouvernement accepta à condition que les témoins de Jéhovah ne violent pas les lois relatives au culte religieux et à l'ordre public...Aujourd'hui ils sont plus de 806 000 au Mexique !

*Rappel: si ce site pointe souvent l'influence des franc-maçons il ne souscrit pas aux différentes "théories du complot" en vogue. Mais il nie pas ce fait pour la bonne raison que certains dirigeants ou grands médias traitent ce sujet de façon dédaigneuse (ne serait-ce pas curieux ?), car jusqu'à preuve du contraire personne n'a démontré que les Illuminati n'existent pas et encore moins ( voir exemple récent ici) que l'influence des franc-maçons (aussi diverses soient leurs branches) ne se cantonne qu'aux  loges...