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22/10/2014

Le synode sur la famille veut préparer la société sur deux ans à changer la pratique sans la doctrine

Le Parisien a consacré un article intéressant sur le synode qui s'est tenu récemment à Rome pour réformer l’Église catholique. Le constat est sans appel; comme on l'avait indiqué dernièrement l'institution vieille de 17 siècles a du mal à se réformer. C'est un énorme bouleversement pour la chrétienté ! Comme certains médias ont du mal à décrire objectivement ce qui a eu lieu et sans verser dans l'anticléricalisme voyons ce qui s'est vraiment passé.

Un synode "historique" sur la famille

Comme le protestantisme les Églises catholiques et orthodoxes sont à la recherche de réformes qui leur permettent d'être plus accessibles ou plus en phase avec leur environnement de plus en plus hostile à la religion. Cela suppose qu'elles touchent à leurs traditions. C'est un exercice très difficile. Comment jongler avec des croyances et des traditions ancrées plusieurs fois centenaires et la modernité ?

Du 5 au 19 octobre dernier, pour son premier synode, le pape François a convoqué à huit-clos près de 200 évêques et quelques auditeurs extérieurs au Vatican pour "se pencher sur l'énorme fossé entre ce que l’Église dit de la famille et ce que des dizaines de millions de catholiques font."

Ceux qui ont cru à un «grand soir» de l’Église catholique sur les questions du divorce et de l’homosexualité resteront sur leur faim; pour les plus optimistes le pape a perdu une bataille mais pas la guerre.  "En apparence, les conservateurs ont finalement gagné la partie. Samedi 18 octobre, le vote du rapport concluant cette première phase du synode (uniquement consultatif), échelonné sur deux ans, corrige cette première impression de victoire «libérale». Les deux points les plus controversés portant sur l’accès à la table de communion interdite aux divorcés-remariés et sur l’organisation d’un meilleur accueil des homosexuels dans l’Église ont été rejetés. Ou plutôt, ils n’ont pas recueilli l’imposante majorité des deux-tiers qui était exigée de la part des votants" explique Slate. L'article ajoute: " Le pape François qui, en 2016, aura le dernier mot, ne fait d’ailleurs pas mystère de ses préférences. On ne peut pas présumer de ce qu’il tranchera dans le texte final de sa main qui, seul, fera autorité, mais plus personne n’ignore désormais l’extrême habileté de ce pape jésuite à introduire le changement dans la pratique «pastorale» de l’Eglise, sans changer d’une virgule la sacro-sainte doctrine."

Un intérêt médiatique sur la question de l'homosexualité

L'article du parisien est intéressant puisque beaucoup de personnes en France comme ailleurs attendent depuis longtemps des changements de position l’Église sur les homosexuels. D'ailleurs au début de ce synode les attentes étaient immenses, témoin la façon dont le Parisien commentait les premières journées:

"Le rapport des interventions de la semaine, présenté lundi par le cardinal hongrois Peter Erdö, l'affirme : les personnes homosexuelles «ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne». Une manière de reconnaître que l'identité d'une personne «n'est pas déterminée principalement par sa tendance sexuelle», a précisé le cardinal de Budapest [une autre façon plutôt de ne pas évincer les nombreux prêtres qui vivent dans cet état caché...]

Autre évolution sensible : l’Église semble reconnaître pour la première fois le caractère potentiellement positif d'une union durable entre personnes de même sexe. «Sans nier les problématiques morales liées aux unions homosexuelles, on prend acte qu'il existe des cas où le soutien réciproque jusqu'au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires», précise le document de travail."

"VIDEO. Mariage et divorcés: le Pape en synode sur des eaux agitées"-Citation du Parisien:

 "Le texte encore provisoire, qualifié de «séisme pastoral» par le vaticaniste américain John Tavis, ne propose cependant pas de modifier la doctrine condamnant l'acte homosexuel. Et les évêques restent unanimes pour réserver le terme de «mariage» à l'union homme-femme. De même sur l'homoparentalité, l’Église indique que «les droits des petits doivent être toujours au premier rang». Ce texte marque la volonté de «miséricorde» de l’Église vers l'homosexualité. Une résolution qui semble transcender le clivage conservateurs/réformistes qui anime le catholicisme. «Sans nul doute, nous avons été lents à assumer un regard respectueux de la dignité et de l'égalité des personnes homosexuelles», a même reconnu Mgr Angelo Scola, le cardinal conservateur de Milan, proche de , dans une interview au quotidien Repubblica."" Que s'est-il passé par la suite ?

Une fin de synode sous une intense pression médiatique et sociale

Le Parisien du 18 octobre poursuit :"Ce synode agité, le premier convoqué par François, est la première phase d'un long processus de consultations. Un deuxième synode «ordinaire», chargé d'élaborer des propositions, est prévu pour octobre 2015. Ses conclusions seront remises au pape, qui aura le dernier mot. Certains cardinaux craignent que l'édifice de l’Église ne s'écroule tout entier en cas d'ouvertures majeures sur le divorce, l'union libre ou l'homosexualité. Les évêques du Sud se plaignent notamment que certaines ONG, l'Union européenne ou l'ONU soumettent certaines aides  l'acceptation de programmes contraires à leur conception des mœurs et de la vie, comme la contraception et l'homosexualité.

Les 183 pères synodaux ont participé au vote final sur chacun des 62 paragraphes. Pour être approuvés, chacun devait être voté aux deux-tiers. Trois paragraphes n'ont pas obtenu cette majorité qualifiée. Deux concernent certains aspects du texte initial sur l'accès aux sacrements des divorcés remariés (104 et 112 pour, 74 et 64 contre) et le troisième sur l'accueil des homosexuels (118 pour, 62 contre). «Sur ces points, on ne peut considérer qu'il y a un consensus du synode. Mais cela ne veut pas dire qu'ils sont complètement rejetés», ont expliqué ensuite plusieurs porte-paroles.
Les paragraphes en question n'ont d'ailleurs pas été retirés du texte final. Celui-ci avait été qualifié de «séisme pastoral» par le vaticaniste américain John Tavis. Il ne proposait toutefois pas de modifier la doctrine condamnant l'acte homosexuel. Et les évêques restent également unanimes pour réserver le terme de «mariage» à l'union homme-femme. De même sur l'homoparentalité, l'Eglise indique que «les droits des petits doivent être toujours au premier rang»."

Le Parisien reconnaît: "La médiatisation du synode a été aussi jugée responsable des tensions. «Ce qui a été publié par les médias sur les unions homosexuelles, est une tentative pour pousser l’Église à changer sa doctrine», a ainsi jugé le cardinal guinéen Robert Sarah. L'archevêque de Malines-Bruxelles André Léonard avait de son côté déploré «l'incident» qu'a représenté, selon lui, la décision de rendre public lundi ce texte provisoire. «On a dû alors se focaliser sur les questions qui intéressent la presse au lieu de travailler sur celles qui intéressent les familles», avait-il dit à Radio Vatican."

Dès le 28 juillet 2013, il faisait sensation en déclarant à propos des homosexuels:«Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger?» Cela prête à sourire quand on sait qu'il y a quelques siècles en arrière il suffisait que les papes utilisaient leur seule position pour faire mettre à mort n'importe qui !

Avez-vous remarqué la différence de traitement médiatique du synode entre le début et la fin ? L'intérêt est vite retombé !

En réalité, les enjeux sont vitaux pour l'institution puisque de plus en plus d'homosexuels occupent des postes politiques, médiatiques, sociaux et diplomatiques importants. Le pape François est donc pris au pied du mur. Pour sauver l’Église de la grande vague de désaffection il ne peut reculer sur ces questions. Ne pouvant toucher aux dogmes catholiques, il n'a pas d'autres choix que de gagner du temps en préparant les esprits à ce que l’Église change sa façon d'accueillir ces nouvelles mœurs sociétales qui sont en vogue. Exercice difficile et périlleux à la fois puisqu'il laisse fermenter de nouveaux schismes ou de nouvelles tensions à l'horizon.

25/01/2014

L'héritage de mai 68 dans la dégradation des mœurs

Dans son rapport de 2010; "Standards pour l’éducation sexuelle en Europe",la branche européenne de l'OMS préconise (sources ici) d’apprendre la « masturbation enfantine » aux enfants dès la maternelle en les laissant exprimer « leurs besoins, leurs désirs et leurs limites » sexuels tout en « jouant au docteur » ! Comment en est on arrivé là ? Personne ne peut nier que depuis quelques décennies nous assistons à de gros bouleversements des mœurs et des valeurs qui divisent profondément les gens. Un petit rappel des faits sur cette crise de civilisation rendra compte de l'étendue de ce processus idéologique qui semble irréversible et mener au chaos moral...

Les premiers précurseurs du combat utopiste

 Bien des régimes politiques ont vu leur existence à la suite de révolutions (France, États-Unis, etc...) Pourtant, la plupart des mouvements de contestation tirent leur racine dans le socialisme utopique qui se caractérise par la volonté de mettre en place des communautés idéales soient radicales soient libertaires. On pourrait faire remonter les premières expériences socialistes utopiques aux mouvements franciscains et dominicains du XIV ème siècle dont celui du moine Tommaso Campanella (1568-1639).

tomaso.jpegDominicain à 15 ans, Tommaso Campanella quitta son couvent et préconisa une forme de christianisme unissant tous les peuples. Traduit devant le Saint-Office, il abjura et, libéré, organisa un soulèvement paysan en Calabre (1599). Arrêté et torturé, il simula la folie, et sa peine fut commuée en prison à vie (1600). Il y passa 27 ans ; protégé par Urbain VIII grâce à l'astrologie, à laquelle tous deux s'intéressaient, il finit sa vie en France, avec l'appui de Richelieu. C'est en prison qu'il écrivit son œuvre majeure, la Cité du soleil, utopie communiste où famille et propriété, distinctions professionnelles et sociales n'ont pas de place.

Autre grand précurseur; la Mission jésuite du Paraguay qui est à la fois une entreprise de mission catholique telle qu'il en a existé d'innombrables à partir du XVI ème siècle, et un véritable État théocratique gouverné par les Jésuites où ces derniers ont mis sur pied entre 1609 et 1763 une organisation sociale "utopique" sans équivalent dans l'Histoire. La zone géographique de ces missions fut à cheval sur les États contemporains du Paraguay, de l'Argentine, du Brésil et de l'Uruguay. Elle est le fondement de la théologie de la libération qui ont marqués les révolutions en Amérique latine depuis les années 1950, en particuliers celles menées par le célèbre Ernesto 'Che' Guevarra ou le révérend Camillo Torrès prêtre guérillero de Colombie.

Un mouvement de contestation intergénérationnel et international

Au XXème siècle les révolutions utopiques ont pris un tournant moral à travers la littérature et les arts. William Burroughs, Allen Ginsberg et Jack Kerouac sont les précurseurs de la libération sexuelle et du mode de vie de la jeunesse des années 1960, notamment par le biais du 'Beat Génération', le courant littéraire et artistique "qui a ébranlé la société américaine dans ses certitudes".

photo jack kerouac gp7.jpg

En 1959 le triomphe de la révolution cubaine, conduite par Castro et Guevara (assassiné en 1967) fait naître d'immenses espoirs chez les peuples opprimés et chez tous ceux qui rejettent les exploitations impérialistes et capitalistes. 

love not war.jpgLa cruelle guerre du Viêt-Nam avec son cortège d'horreurs et le massacres des populations civiles pour renforcer de grands intérêts économiques, telle que le rapporte la presse, provoquèrent stupeur et émoi dans la population américaine. C'est alors que commença une révolution de la culture américaine et que s’installe le mouvement 'hippie' qui est le courant majeur de contre-culture des années 1960 aux États-Unis, avant de se diffuser dans le reste du monde occidental dès 1966. Les hippies, issus en grande partie de la jeunesse nombreuse du baby boom de l'après-guerre, en vinrent à rejeter les valeurs traditionnelles, le mode de vie de la génération de leurs parents et la société de consommation.

Le mouvement a eu une influence culturelle majeure, en particulier dans le domaine musical. Les membres de ce courant n'utilisaient pas ce terme pour se désigner eux-mêmes. Ils se disaient plutôt « flower children » (« enfants fleurs »), « beautiful people » (« belles personnes » ou « bels gens ») et ils aspiraient à une sorte de fraternité universelle pour laquelle ils espéraient trouver idées et techniques dans des sociétés traditionnelles. Aux États-Unis mêmes, les premiers hippies commencent à s’installer à San Francisco, dans le quartier de Haight Ashbury. C’est le temps de Bob Dylan et du LSD. Les grands prêtres de l’époque, Timothy Leary, Allen Ginsberg, William Burroughs et Jack Kerouac déclarent ouverte la révolution psychédélique (ou hallucinogène)...

grogan.jpeg

Emmett Grogan (1943-1978) de son vrai nom Kenny Wisdom, était l'une des figures marquantes du mouvement Hippie. Ancien camé à l’héroïne, à 15 ans il  est jeté en prison puis est libéré pour étudier chez les Jésuites. Débarqué sur le Vieux Continent, il devient cinéaste de courts-métrages expérimentaux en Italie, écrit des romans pornos à Londres, aide quelques terroristes de l’IRA à faire sauter des passerelles à Dublin, tue à la carabine celui l’a donné, est jeté en prison deux fois pour de menus larcins et frôle même les dix ans de pénitencier. On comprend que, revenu aux Etats-Unis en 1965, Grogan ait la fibre révolutionnaire. Il fut l'un des fondateurs des Diggers qui ont pris leur nom des Anglais Diggers (1649-1650), un mouvement radical opposition à la féodalité, l’Église d'Angleterre et la Couronne britannique. Selon lui «Quand on fait les lois, on n'a pas besoin de les transgresser». C'est ainsi qu'en 1968 les Diggers et les Yippies présentent à la convention Démocrate de Chicago leur mascote - un cochon - comme candidat aux élections présidentielle ("pig for président" !

Quel est le message des hippies ? Des pacifistes en un mot, objecteurs de conscience le plus souvent, sinon même anarchistes.Ils sont aussi anti-commercial, anti-intellectuel, anti-culturel.  Ils professent une subversion par la jouissance du bonheur. Ils rêvent de croissance zéro, de retour à la nature, de décloisonnement social. Ils sont bien entendu des réfractaires antinucléaires.

Jack Weinberg.jpgJack Weinberg, membre du « Free Speech Movement » qui en 1964 sur le campus de l'Université de Berkeley réclamait la reconnaissance de la liberté d'expression et de la liberté académique des étudiants, protesta contre la guerre du Viêt-Nam et contre l'interdiction prise par l'administration de l'université d'exercer des activités politiques sur le campus... Il fut l'auteur de la célèbre phrase : « Ne faites pas confiance à quelqu'un de plus de trente ans » qui traduisait sans équivoque la volonté de se distinguer de la génération précédente envers laquelle il fallait se méfier...

Le mouvement pacifiste hippie ("Peace and love") véritable révolution culturelle et populaire issue de la jeunesse véhicule une puissante utopie remettant en cause les fondements de la société occidentale capitaliste et puritaine. Libre sexualité, vie communautaire, drogues "psychédéliques", mystiques orientales, sont autant d'expériences foisonnantes vers une conception radicalement autre de la société et de la vie qui est actuellement reprise par le New Age...Les hippies se sont beaucoup inspirés de Gandhi pour son pacifisme, sa non violence et sa façon de résister au système ainsi que de Martin Luther King pour sa lutte pacifique contre le racisme. En août 1969 eut lieu le célèbre festival de musique de Woodstock, un rassemblement emblématique de la culture hippie qui eut lieu sur les terres du fermier Max Yasgur, à une soixantaine de kilomètres de Woodstock dans l'État de New York et qui rassembla durant 3 jours 500 000 spectateurs. Avec la fin de la guerre du Viêt-Nam en 1975, les médias perdirent leur intérêt pour les hippies. Ils furent plus tard désignés sous le terme de « baba cool » . Le mouvement punk qui vient après eux est un autre type de révolte qui revendique son désespoir à travers l'expression nihiliste « no future »...La perte des repères moraux a été moins marquant aux États-Unis qu'ailleurs. En effet, la culture anglo-saxonne doit sa richesse que parce qu'elle a gardé quelques repères de l'héritage biblique (du point de vue cinématographique) tandis que les autres cultures qui les ont abandonné ont décliné plus rapidement.

Des mouvements de révolte de la jeunesse (étudiante et lycéenne) ont lieu presque simultanément dans divers pays du Monde. Selon le dossier de Courrier International n°894-895 du 20 déc. 2007, p.39-62 :

- Aux Pays-Bas, le mouvement Provo (1965-1967), précurseur des mouvements écologistes, anticipe les mouvements de 1968 en manifestant de manière festive contre la pollution, le travail aliéné, le racisme ou le militarisme. Lire une présentation sur le site de la revue Multitudes.
- En Allemagne (RDA), où les anciens bureaucrates du régime nazi sont toujours en place, les étudiants se mobilisent contre la guerre du Vietnam, face à "l'indifférence criminelle" de la population, et contre l'immobilisme étouffant d'une société autoritaire et sans morale, refoulant un passé sordide, et tout entière tournée vers la réussite matérielle. L'un des leader syndicaux étudiants, stigmatisé par la presse du pouvoir, fut victime d'un attentat. Berlin 1968 du collectif A.R.C. (1968).
- En Angleterre aussi les étudiants manifestèrent contre la guerre du Vietnam.
- Aux Pays-Bas, la contestation est inspirée par le mouvement Provo.
- L'Italie est un pays sous le contrôle direct de la C.I.A. depuis la fin de la guerre (mise en place du réseau Gladio pour faire face au "péril communiste"). Celle-ci s’appuie localement sur la mafia, les groupes fascistes et les dirigeants corrompus de la démocratie-chrétienne (cf. le scandale de la loge P2). Dans cette société verrouillée les étudiants se révoltent et font face comme ailleurs à une répression violente.
- En Grèce, en Espagne, au Portugal où règnent trois dictatures militaro-fascistes, la contre-culture de 1968 s'oppose à un pouvoir plus directement oppressif (y compris sur le plan des moeurs) mais qui n'en a plus que pour quelques années.Au Brésil, la police investi les campus dans la capitale, il y aura quelques morts et de nombreuses arrestations.  Barra 68 - Sem perder a ternura, de Vladimir Carvalho (2001).
- Au Mexique, avant la tenue les Jeux Olympiques en 1968, alors qu'un mouvement étudiant accompagné d’enseignants s'est rassemblé contre la dictature à Tlatelolco; l'armée et la police qui encerclaient la place ont ouvert le feu sur les assistants désarmés. Le bilan sera de plusieurs centaines (plusieurs milliers ?) de morts. La reconstitution du massacre est dans le film  Rojo amanecer, de Jorge Fons (1989).
- Le Japon est lui aussi le théatre de révoltes estudiantines et sociales.  Kashima paradise de B.Deswarte & Y.Le Masson (1973)
- Même dans le monde arabe, l'influence de la libération sexuelle se fait sentir dans les milieux étudiants : on voit des minijupes à Beyrouth.

 Il est vrai que de tout temps le fossé des générations tend à attiser les conflits sociaux mais aucun n'a laissé autant de traces dans la civilisation comme ceux des années 60; voyons une autre preuve avec ce qui s'est passé dans une France très catholique...

Du bouillonnement social français à la crise de civilisation

Quel contexte a conduit à cette crise ?

1/En France, dans les années 1960, alors qu'elle est très influente, le mouvement de la Jeunesse Etudiante Chrétienne (JEC) [dont firent parti François Mitterrand, Jean-Yves Le Drian] prend position contre la guerre en Algérie. Pendant cette guerre, la JEC s'illustre en dénonçant la torture et en militant pour l'autodétermination du peuple algérien. Les prises de positions du mouvement et la politisation de la branche étudiante engendrent des tensions avec l'épiscopat qui en 1965 retire son mandat au mouvement. Ces dissensions interviennent alors que la plupart des gens viennent de suivre avec passion le Concile de Vatican II (1962-65), qui a profondément rénové mais aussi ébranlé le catholicisme traditionnel et surtout les mouvements d'action catholique...Le mouvement des prêtres-ouvriers, dont la condamnation est levée en 1965, reprend son essor. Beaucoup de chrétiens se préoccupent de rénover les relations des fidèles aux autorités religieuses, de revisiter les pratiques et les dogmes, voire de concilier foi et révolution. Une crise spirituelle s'est durablement amorcée.

2/Dans le même temps le contexte économique fut préoccupant, le nombre de chômeurs s'est accru régulièrement : début 1968, ils furent près de 500 000. Les jeunes se trouvaient les premiers touchés et en 1967, le gouvernement doit créer l'ANPE. Un nombre important de grèves se tiennent aussi entre 1966 et 1967, en région parisienne comme en province. Deux millions de travailleurs sont payés au SMIG et se sentent exclus de la prospérité, dont beaucoup d'ouvriers des usines, de femmes ou de travailleurs immigrés. Les salaires réels commencent à baisser et les travailleurs s'inquiètent pour leurs conditions de travail. En réalité, la crise est survenu au terme d'une décennie de prospérité inégalée. Sur le plan économique, c'est l'apogée des « Trente Glorieuses ». La société de consommation s'est installée dans les mœurs, sans que l'on prenne vraiment conscience de toutes ses implications ni des déséquilibres mondiaux qui se développent. Une vaste révolte spontanée, de nature à la fois culturelle, sociale et politique, dirigée contre la société traditionnelle, le capitalisme, l'impérialisme et, plus immédiatement, contre le pouvoir gaulliste en place.

3/Les clivages sociaux furent extrêmement rigides. 92 % des étudiants viennent encore de la bourgeoisie. Le paternalisme autoritaire est omniprésent. On commence à ouvrir des lycées « mixtes », mais beaucoup d'établissements scolaires sont encore réservés aux garçons ou aux filles seulement. Les filles ne sont pas autorisées à porter le pantalon. Il est impossible de fumer dans un établissement ou, dans les universités, d'accéder pour les hommes aux internats de filles.

Pour comprendre le contexte rude et rétrograde* de ces années ; voici des extraits d’un "manuel scolaire de l’économie domestique pour les femmes" de 1960 :

"Si votre mari suggère l’accouplement, acceptez alors avec humilité en gardant à l’esprit que le plaisir d’un homme est plus important que celui de la femme"-Source

Précisons que ce dogme est absent de la Bible qui encourage le contraire (1ère Lettres aux Corinthiens 7 :5)

 

4/La jeunesse est en rapide mutation idéologique; l'avènement de la culture des loisirs, du spectacle et des masses médias représentent des changements accélérés et sans précédents en moins d'une génération. Les années 1960 sont aussi celles de l'affirmation de la jeunesse en tant que catégorie socio-culturelle et politique à part entière. En particulier, la jeunesse a maintenant sa propre culture, avec une presse qui lui est destinée (Actuel !, Hara-Kiri !), des émissions de radio très suivies (Salut les copains !) ou ses chanteurs attitrés (les Beatles, les Rolling Stones, etc.). Elle a aussi ses propres malaises et ses propres revendications (notamment en matière de liberté sexuelle) que les pouvoirs publics et le monde adulte tardent à comprendre.

Une partie de la jeunesse radicalisée regarde avec fascination vers les mouvements révolutionnaires du Tiers-Monde : Che Guevara, Fidel Castro, Ho Chi Minh servent de modèle, tandis que l'irruption sur la scène chinoise des jeunes gardes rouges donnent l'impression que la jeunesse en tant que telle peut avoir un pouvoir politique dans la société et remettre en cause l'autorité des adultes et des pouvoirs. On suit aussi attentivement les luttes menées aux États-Unis par le mouvement d'émancipation des Noirs, ou encore par les sit-in et les diverses recherches du mouvement hippie et étudiant (Berkeley). Le caractère international de ces mouvements permet de replacer les événements français au sein d'une dynamique mondiale. Qu'est-ce qui a mit le feu aux poudres ?

'Mai 1968'chronnique d'une révolution toujours en cours

Les premiers incidents annonciateurs de la crise se produisent début 1968 à la Faculté de Nanterre, ouverte en 1963 pour décongestionner la Sorbonne à Paris. Isolé au milieu d'un immense bidonville, ce campus s'avère propice à la fermentation politique et au développement de mouvements d'extrême gauche, qui prônent la révolte contre l'institution universitaire, considérée comme un des rouages de la société capitaliste. Ainsi naît le Mouvement du 22 mars, conduit par Daniel Cohn-Bendit (en photo ci dessous).

LDany le rouge.jpege 20 mars 1968, à l'occasion d'une manifestation organisée par le Comité Viêtnam national (CVN) « pour la victoire du peuple vietnamien contre l'impérialisme américain », 300 étudiants saccagent le siège de l'American Express, à l'angle de la rue Scribe et de la rue Auber à Paris. Six personnes sont arrêtées du service d'ordre de la Jeunesse communiste révolutionnaire. Le 22 mars 1968, à 15 heures, une Assemblée générale étudiante constitue un mouvement de soutien, le Mouvement du 22 mars pour la libération des militants interpellés et en garde à vue. A 21 heures, ces étudiants occupent le huitième et dernier étage du bâtiment administratif de l'université, la salle du conseil des professeurs. Le 28 mars, en riposte à cette initiative, le doyen Grappin suspend tous les cours pour deux jours, mais sans réussir à empêcher l'organisation de plusieurs journées de débats parmi les étudiants. La multiplication des incidents à Nanterre conduit à la fermeture de l'université, le 2 mai.

Dès lors, l'agitation se transporte au centre de Paris ; ce qui n'était qu'une série d'incidents devient une crise nationale. Tout bascule le 3 mai quand la police intervient brutalement pour disperser le meeting de protestation tenu par les étudiants dans la cour de la Sorbonne. La répression (500 arrestations) provoque immédiatement la solidarité du milieu estudiantin avec la minorité militante. La révolte étudiante commence dans les rues du Quartier latin. Barricades, pavés, cocktails Molotov, contre-charges de CRS, matraques et gaz lacrymogènes : les affrontements s'amplifient de jour en jour, suivis en direct à la radio par la population.

Affiche_de_mai_1968.jpgLe point culminant est atteint dans la nuit du 10 au 11 mai : étudiants et CRS s'affrontent en de véritables combats de rues (voitures incendiées, rues dépavées, vitrines brisées), faisant des centaines de blessés. Au lendemain de cette « nuit des barricades », le pays est stupéfait. L'agitation étudiante, jusque-là isolée, rencontre alors la sympathie de l'opinion publique : le 13 mai, à Paris et dans toute la France, les syndicats manifestent avec les étudiants pour protester contre les brutalités policières. La crise prend alors une nouvelle dimension, car le lendemain, de façon tout à fait inattendue et spontanée, une vague de grèves s'enclenche : à la révolte étudiante succède une véritable crise sociale.

C’est le temps où l’on crie, rue Gay-Lussac, « CRS SS », « Vivre sans temps mort, jouir sans entraves », « Il est interdit d'interdire ! », « détruire, par tous les moyens hyper-politiques, l’idée bourgeoise du bonheur », « l’humanité ne sera heureuse que le jour où le dernier bureaucrate aura été pendu avec les tripes du dernier capitaliste. ». La fièvre libertaire commença a enflammer les esprits par une étonnante contagion.

La contre-offensive prend les apparences d'un drame spectaculaire : le 29 mai, le président de Gaulle disparaît de l’Élysée, créant un sentiment d’affolement dans la population. Le lendemain, dans une brève allocution radiodiffusée, le général annonce la dissolution de l'Assemblée et la tenue d’élections anticipées. La manifestation organisée le soir par les gaullistes sur les Champs-Élysées rassemble 500 000 personnes ; elle marque le retournement d'une opinion inquiète et lasse qui, à défaut d'alternative claire, n'entrevoit d'autre débouché à la crise et à la paralysie économique que le retour à l'ordre.

Bien que sur le moment, en France, les évènements s'achèvent avec les accords de Grenelle qui ne concèdent qu'une augmentation de pouvoir d'achat aux travailleurs, quelques jours de congés payés et quelques facilités pour les syndicats, l'influence de 68 sera profonde et durable sur la décennie qui va suivre, et elle se fait sentir encore jusqu'aujourd'hui.

Comment la révolution des mœurs s'est prolongée dans les esprits

Le milieu des années 60 est marqué par une intense floraison culturelle, utopique et révolutionnaire. Les œuvres littéraires et cinématographiques portent peu à peu l'empreinte de cette révolution idéologique. Une véritable culture populaire (par le peuple, pour le peuple, mettant en scène le peuple) fait irruption sur une scène culturelle "dominée par la médiocrité bourgeoise (exception faite bien sur de quelques géniaux précurseurs)". Le cinéma, qui est le plus jeune des arts n'avait pas encore atteint la maturité. Dans les années 1950 il était dominé par le classicisme des productions propagandistes hollywoodiennes vendant le rêve américain, où celui du "cinéma de papa" en France.  Aujourd'hui la révolution des mœurs a envahit le cinéma et la culture !

sartre.jpegIntellectuel, et militant actif, Jean Paul Sartre s'est fait l'écho de la révolte dans la rue, sur les estrades, dans les journaux, et jusqu'aux portes des usines en grève. A 73 ans, il interviewa le leader Daniel Cohn-Bendit dans le Nouvel Observateur, lui donnant l'occasion de s'expliquer dans un grand hebdomadaire. Il dénonce ensuite les « élections pièges … » de de Gaulle. Il écrira : "Ces jeunes gens ne veulent pas d'un avenir qui sera celui de leurs pères, c'est-à-dire le nôtre, un avenir qui a prouvé que nous étions des hommes lâches, épuisés, fatigués, avachis par une obéissance totale et complètement victimes d'un système clos, qui se referme sur le travailleur dès le moment où il a l'âge de travailler. [...] La violence est la seule chose qui reste, quel que soit le régime, aux étudiants qui ne sont pas encore rentrés dans le système que leur ont fait leurs pères et qui ne veulent pas y entrer. [...]"

La culture hippie est le phénomène culturel majeur des années 60/70 : libre sexualité, vie en communauté, pacifisme, proximité avec la nature, écologie, drogues psychédéliques, musique folk et influences orientales (et amérindiennes) en sont les principales lignes de forces. De fait la décennie 1970 a été marquée par les luttes féministes notamment pour "le droit à disposer de son propre corps " : notamment pour la GPA, la contraception et l'avortement - autorisé qu'avec la loi Veil du 29 novembre 1974.

« On nous a appris à aimer tout ce que nous détestions et à détester tout ce que nous aimions »- Marcel Gauchet

Une idéologie morale relativiste qui montre ses limites

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Dans tous les domaines ces années furent un âge d'or de courte durée. Depuis la fin des années 70 force est de constater un tarissement général de la créativité artistique et de la pensée critique. On constate que les principales organisations de défense des droits humains et de l'environnement sont apparus dans la lignée du mouvement soixante-huitard (Amnesty, Survival, Greenpeace...).
La parcellarisation des luttes en une myriade de causes et d'associations permettra certes à la critique et l'engagement politique de se diffuser largement au sein de la société. Néanmoins les objectifs de transformation sociale radicale sont dans la plupart des cas évacués au profit d'une vision réformiste qui ne remet pas en cause le système dans sa globalité mais seulement ses prétendus "dysfonctionnements".

Ébranlé dans ses bases, le système capitaliste "libéral" (les classes dominantes, les États) a souvent utilisé ses moyens répressifs (police, armée, milices, presse réactionnaire et syndicats) pour survivre. La désillusion est à la mesure des espoirs soulevés par la mobilisation populaire. Les drogues des désespérés (héroïne - dont la diffusion serait à mettre à l'actif du F.B.I. qui l'aurait utilisé pour briser le mouvement noir américain) ont remplacés leurs utopies...

slogan.jpegCe sont les effets du relativisme ! Il est notoire que l'idée selon laquelle il n'y a pas d’autres vérités absolues que celles de l'intérêt de l'individu crée un vide spirituel profond puisqu'il amène justement à développer l’individualisme que cherchait à combattre le mouvement hippie ! Bien qu'aujourd'hui des soixante-huitards occupent des postes politiques, leur base idéologique semble être en contradiction avec 'l'art de diriger'. En effet par définition, gouverner, c’est fixer des limites et c’est donc parfaitement incompatible avec le trop fameux « Il est interdit d’interdire ». D'un autre côté, le relativisme morale a montré ses limites puisqu'on constate qu'aucun individu ne peut savoir ce qui est vraiment bien pour lui et donc pour les autres !!!

Témoignage d’une personne qui avait 26 ans en mai 1968 : « Qu’est-ce que Mai 68 a apporté ? A part un joyeux bordel, une perte des valeurs, l’illusion d’une liberté chèrement gagnée qui n’a fait que les choux gras que pour une certaine tranche de la société, les autres sont retournés au boulot…»

 

Des soixante-huitards qui s'étaient battus contre l'exploitation dominent !

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Il est vrai qu'en toile de fond lutter contre la guerre et l'obscurantisme est une noble cause puisque c'est une horreur pour tous ! Mais consciemment ou non, la référence au mouvement de mai 68 (et aux luttes et réformes qui ont suivis dans les années 70) évoque :

  • La remise en cause de l'autorité (de l'autoritarisme)
  • La remise en cause du travail obligatoire, de la consommation, de la course au profit ;
  • Mais avant toute chose cela évoque la libération sexuelle.

On se rend compte que les révolutions des années 60 visant à libérer les individus de toutes contraintes et asservissement ont fini dans le fond à verser dans l'autre extrême-le diktat du plaisir selon une pensée unique préformatée-avec toutes les dérives que cela implique. Il a été difficile de trouver un juste équilibre et cette recherche dépasse largement les compétences humaines.

En effet la plupart de ceux qui ont pris part aux manifestations de mai 1968 sont aujourd'hui aux commandes dans les entreprises, à l'Assemblée Nationale, dans les ministères et au Sénat ! C'est semble-t-il ce paradoxe qui fait bondir aujourd'hui la jeunesse actuelle selon l'écrivain Ivan Rioufol...Les personnes ayant vécu jeunes adultes ces événements auraient aujourd'hui entre 65 et 75 ans (bien que tous n'ont pas pris part à ces revendications) et, pour la plupart, ils auraient profité d'une époque privilégié ne serait-ce que pour la facilité à laquelle ils auraient accédé à l'immobilier (devenu un or rare aujourd'hui), ce qui  fait penser la célèbre formule: "après eux le déluge !". Ils ne resterait plus rien du gâteau...Reste que des soixante-huitards affirment encore que l'époque qu'ils vivaient étant jeune avait préparé ce retournement de situation, et en cela ils n'ont pas tort; ils en ont été des acteurs-victimes d'un processus qui a été orchestré en haut lieu. Peut-on s'attendre à d'autres crises de ce genre ? C'est possible mais celle-ci ne semble pas achevée; de nouvelles revendications ne feront que prolonger celle-ci. On en voit d'ailleurs la preuve tous les jours avec de nouvelles propositions de loi visant à 'moderniser' la vie sociale sur le modèle de l'idéologie des révolutions des années 60...Cela prouve que ces dogmes ont gagnés profondément les esprits malgré qu'une partie de  la jeunesse soit en quête de nouveaux repères...