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10/02/2015

L'Algérie française: l'histoire d'une colonisation avortée (2 ème partie)

L'Algérie, ce petit joyaux de paysages aux multiples facettes, après des milliers d'années de colonisation tout azimuts et d'exploitations commence tout juste à montrer un regain économique malgré des années de gestion calamiteuses. Pourtant son histoire moderne est marquée par une expérience d'assimilation assez bouleversante. Décryptage.

L'épineuse question de l'identité des algériens

alger.jpegC'est la France qui en en 1839 a officiellement donné son nom à l'Algérie. Autrefois, on l'appelait aussi Régence d'Alger. Pourtant ses autochtones ne sont pas considérés comme français. Ni français, ni étrangers jusqu’en 1962, les algériens sont tour à tour "indigènes", "sujets français" puis "français musulmans d’Algérie". C'est que le territoire  était devenue une colonie de peuplement et une terre d’immigration attirant des centaines de milliers d’Européens (français, espagnols, italiens, maltais, militaires, exilés politiques, ceux qui fuirent le régime de Franco etc...). La mise en place du système colonial sur ce territoire aggrave considérablement la situation des populations autochtones (celui-ci fut administré et divisé en 4 départements français dès 1848: le 91 pour Alger, le 92 pour Oran, le 93 pour Constantine et le 94 dès 1955 pour les Territoires du Sud, devenus par la suite 'départements français du Sahara').

Au début, la France octroyait des concessions gratuites et des prêts avantageux à la charge des contribuables ce qui attira les gens de la métropole. En Algérie ces français et étrangers formait une communauté de pionniers qui ont trouvé une patrie qui les ont mis en valeur. Par la vertu de l'exil ces citoyens parfois rejeté sont devenus des nationaux de premières catégories.

Les signes jaunes antisémites hérité des arabes et des chrétiens :

rouelleg.jpg En 634 (12 ans après l'Hégire) en application d'une charte attribuée au Calife Omar, successeur de Mahomet, les "gens du Livre" doivent payer la dîme (on les nomme "dhimis"), et porter un signe distinctif, jaune pour les juifs (déjà !) , bleu pour les chrétiens et rouge pour les zoroastriens. Leurs bâtiments doivent être moins élevés que ceux de leurs voisins musulmans (c'est pourquoi toutes les églises grecques orthodoxes ont été construites, durant quatre siècles d'occupation ottomane, sur des plateformes encaissées au-dessous du niveau du sol). Si un musulman les frappe, ils ne doivent pas répondre. Il leur est interdit de pratiquer publiquement leur religion et bien entendu d'approcher une femme musulmane. En 1215, le Concile de Latran tenu par le pape Innocent III oblige les Juifs à porter « un habit ou un signe distinctif » : la rouelle (voir image ci-contre), symbolisant les 30 deniers de Judas, en tissu de couleur jaune.

Les indigènes considérés comme des citoyens serviles de seconde zone

Comme on l'a vu précédemment, les autorités françaises firent appel aux européens pour peupler l'Algérie. En effet, la population de cette vaste terre comptait à peine 6 millions d'habitants en 1914, avec environ 700 000 européens alors que plus de 90 % d'habitants occupent le nord du pays. Les beaux quartiers étaient réservés aux seuls européens tandis que les terres pauvres et les tâches les plus serviles étaient réservées aux indigènes.

De plus les pouvoirs disciplinaires étaient exercés par les militaires. Daprès des statistiques rassemblées à l’époque, entre 1890 et 1914, 600 000 journées de travail ont été infligées à des algériens par des administrateurs usant de leur pouvoir disciplinaire.  

soldats na.jpegPrès de 100 000 travailleurs d’Algérie auxquels s’ajoutent 175 000 soldats coloniaux (tirailleurs tunisiens et algériens pour l'essentiel; la Tunisie étant une colonie française jusqu'en 1956) sont recrutés entre 1914 et 1918. 25 000 Algériens musulmans et 22 000 Européens sont tués au cours de guerre. Les pouvoirs publics renvoient après l’armistice tous les travailleurs et soldats dans leurs colonies d’origine, même si quelques-uns parviennent à rester en France. Auparavant des algériens avaient aussi été incorporés dans d'autres unités notamment en Cochinchine (Vietnam) mais la particularité de cette guerre c'est qu'elle a amené les aspirations nationalistes. En effet entre 1916 et 1917, éclata une insurrection dans le Sud-Constantinois dirigée par des élites rurales, en protestation contre la conscription obligatoire généralisée suite à la Grande guerre.

Lettre d'un 'père blanc',  qui révèle les craintes de l'époque:

"Ma pensée est que si, petit à petit, doucement, les musulmans de notre empire colonial du nord de l'Afrique ne se convertissent pas, il se produira un mouvement nationaliste analogue à celui de la Turquie: une élite intellectuelle se formera dans les grandes villes, instruite à la française, sans avoir l'esprit ni le cœur français, élite qui aura perdu toute foi islamique, mais qui en gardera l'étiquette pour pouvoir par elle influencer les masses ; d'autre part, la masse des nomades et des campagnards restera ignorante, éloignée de nous, fermement mahométane, portée à la haine et au mépris des Français par sa religion, par ses marabouts, par les contacts qu'elle a avec les Français (représentants de l'autorité, colons, commerçants), contacts qui trop souvent ne sont pas propres à nous faire aimer d'elle. (...) Si nous n'avons pas su faire des Français de ces peuples, ils nous chasseront. Le seul moyen qu'ils deviennent Français est qu'ils deviennent chrétiens. (...) Des musulmans peuvent-ils être vraiment français ? Exceptionnellement, oui. D'une manière générale, non. Plusieurs dogmes fondamentaux musulmans s'y opposent ; avec certains il y a des accommodements ; avec l'un, celui du Mehdi, il n'y en a pas : tout musulman, (je ne parle pas des libres-penseurs qui ont perdu la foi), croit qu'à l'approche du jugement dernier le Mehdi surviendra, déclarera la guerre sainte, et établira l'islam par toute la terre, après avoir exterminé ou subjugué tous les non musulmans. Dans cette foi, le musulman regarde l'islam comme sa vraie patrie et les peuples non musulmans comme destinés à être tôt ou tard subjugués par lui musulman ou ses descendants."-Charles de Foucauld à René Bazin, le 29 juillet 1916. L'impossibilité à mettre en œuvre la christianisation des algériens n'a pas incité les européens nationalistes à renoncer à leur entreprise colonialiste-Sources

Les premières revendications indépendantistes organisées

Le nationalisme algérien se développa après la Première Guerre mondiale non seulement au sein de la bourgeoisie musulmane urbaine, mais également dans les usines de France où les travailleurs algériens, au contact de leurs collègues français, apprirent à défendre leurs droits au sein des syndicats et du Parti communiste français. Autrement dit, la langue française contribua paradoxalement au nationalisme algérien !

Pourtant, l’inauguration de la Grande Mosquée de Paris (1926) puis de l’hôpital franco-musulman (1935) et du cimetière musulman (1937) situés à Bobigny témoigne d’une intention des pouvoirs publics d’assister et de protéger ses "sujets musulmans". Cependant, ces initiatives ne sont pas exemptes d’une volonté de contrôle et de surveillance de la communauté immigrée. Un service est même spécifiquement créé dès 1925 pour remplir cet objectif : le Service des affaires indigènes nord-africaines (SAINA) avec une Brigade nord-africaine. C’est qu’au sein de la communauté algérienne, les idées nationalistes et anticolonialistes se répandent…

messali.jpegEn juin 1926 Ahmed Messali Hadj fonde à Paris le mouvement "l’Étoile nord-africaine" à l’initiative des milieux communistes français, très attentifs alors à l’organisation des « travailleurs coloniaux » en métropole. Ses militants s’implantent profondément au sein de la communauté algérienne en prenant appui sur le réseau des cafés-restaurants, des hôtels meublés et des foyers de travailleurs. Le parti nationaliste dénonce le système colonial et revendique l’indépendance de l’Algérie et de l’ensemble des pays du Maghreb. Réunions, tractages, affichages, meetings, journal du parti : les activités nationalistes prennent de l’ampleur autour du Zaïm (guide) et ses 3600 militants actifs.

Emilie Busquant et le père du nationalisme algérien 

busquant.jpeg Combien savent-ils qu’Emilie Busquant fut l’épouse de Messali Hadj, tenu pour être le père du nationalisme algérien, qu’elle est considérée comme la mère du drapeau algérien qu'elle aurait confectionné à Paris ? Dans les manuels scolaires, dans l’Histoire officielle, Émilie Busquant n’existe pas. Tout comme était banni son mari pendant des années de cette Histoire lui qui n’obtiendra sa nationalité algérienne qu’en 1965, trois ans après l’indépendance du pays. Fille d’un mineur et syndicaliste communiste en Lorraine (nord-est de la France), vendeuse au rayon « Parfumerie et objets pour dames » Émilie Busquant rencontre Messali Hadj en octobre 1923. Lui, travaillant comme manœuvre à l’usine de la rue de Vitruve.

Elle participera à de nombreuses manifestations en Algérie et en France et organisera la défense de Messali pour ses nombreux procès en 1934, en 1937, en 1939 ou en 1941.

En 1927 un étudiant en pharmacie à l'université d'Alger, Fehrat Abbas, s’intéressa aux questions nationalistes. Il fini par présider l’Association des étudiants musulmans nord-africains (AEMNA). Il deviendra une importante figure politique nationaliste.

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Dès 1930, les colons européens établis en Algérie ont créé des établissements agricoles modèles, dotés d'un outillage perfectionné.
En 1933, l’Administration coloniale décide de retirer la puissance des Mosquées à la culturelle d’Alger et confie à un Français non musulman la présidence du "Conseil consultatif musulman".

En novembre 1936, le projet Blum-Viollette sur l’octroi de la pleine citoyenneté française à une élite de 21 000 Algériens musulmans est refusé par les colons et par les indépendantistes.

Le 11 mars 1937 Messali Hadj crée à Alger, le Parti du peuple algérien (PPA). Il sera dissous 2 ans après, et ses principaux leaders arrêtés

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En 1938, sous le gouvernement Blum, la politique de la république est l'assimilation, à titre individuel, par l'obtention de la pleine citoyenneté. Cette politique fût un échec, de 1865 à 1937, seuls 4300 personnes demandèrent à accéder à la pleine citoyenneté, en général des convertis à la religion chrétienne et /ou des hommes mariés à des européennes.

Quand l' adaptation des cultes au code civil offrait plus de droits:

En France, Napoléon 1er avait, le 9 février 1807, convoqué l'instance suprême de la religion juive, le Grand Sanhédrin composé de soixante et onze docteurs de la foi. Le 8 mars de la même année, du haut de son autorité religieuse, cette Assemblée avait "décidé" que si, dans les lois de Moïse, les dispositions religieuses sont, par leur nature, absolues et indépendantes des circonstances, rien en revanche ne s'opposait à ce que les dispositions politiques soient alignées sur la loi française (...) Il s'agissait de la polygamie, de la répudiation, du partage des héritages etc. - en fait, celles du Code civil. "(Nos) dogmes se concilient avec les lois civiles sous lesquelles (nous vivons)", tranche-t-il sans appel. (-Compte-rendu paru dans le Moniteur Universel du 11 avril 1807).

Par cette décision, le Grand Sanhédrin français faisait traverser le 'Siècle des Lumières' à tous les Juifs de France. Il séparait la Synagogue de l'État. Il permettait à Napoléon 1er d'accueillir les Juifs au sein de la Nation française. Ce n'est qu'en 1865 que les musulmans furent déclarés " français régis par la loi musulmane" L'article 1 ajoutait qu'il "peut, sur sa demande, être admis à jouir des droits de citoyen  français; dans ce cas, il est régi par les lois civiles et politiques de la France". Cette façon de faire devait entraînait ce qu'on appel l'assimilation intégrale, mais elle se heurta à l'orthodoxie islamique. Plus tard la loi de 1905 sur la séparation du culte et de l’État n’a pas été appliquée en Algérie pour le culte musulman puisque les imams et les muftis ont été des fonctionnaires sous contrôle et bridés.

En 1942 les alliés débarquent à Alger. Il mettent fin au pouvoir du régime de Vichy sur l'Algérie. Dès novembre, des régiments de Zouaves, Tirailleurs, Spahis, sont levés en hâte pour aller contrer les Allemands qui viennent de débarquer en Tunisie. 

En mai 1943 Ferhat Abbas présente le Manifeste du peuple algérien, qui revendique l’égalité totale entre musulmans et Européens d’Algérie. Ce texte fut rejeté par la plupart des colons. En décembre, le général de Gaulle annonce dans un discours prononcé à Constantine une série de réformes concernant les droits civiques des Algériens.

Le 7 mars 1944, de Gaulle signe une ordonnance qui supprime le code de l’indigénat et accorde la citoyenneté française à 65 000 Algériens. A cet époque sur 1.076.000 d'européens, l'effectif sous les drapeaux représentait 15,6 %, soit une personne sur six !

La  fin d’un ‘idéal républicain’ : l’assimilation

«L’assimilation aurait pu constituer une sorte d’idéal républicain. [Mais à l’époque] la majorité de la population indigène vit en territoire militaire (…) L’assimilation, quelle qu’elle soit, est de toute façon une violence parce que si elle est incomplète, elle est une discrimination (...) Prenons l’exemple de l’école : si la quasi absence de scolarisation des enfants algériens est le résultat de la politique coloniale, il y avait aussi des réticences, notamment dans les élites algériennes avant 1914, à l’idée d’envoyer les enfants à l’école française, parce que l’éducation française était synonyme d’une dépersonnalisation. L’assimilation n’était donc pas un idéal généreux qui aurait pu permettre à l’Algérie française de survivre, mais l’expression d’une violence.»- Todd SHEPARD, professeur associé au département d’histoire de la John’s Hopkins University. Dans sa finalité la culture arabo-islamique semble déstructurer les individus et les familles. Une quelconque assimilation ne serait ni plus ni moins qu'une greffe d'une pousse déjà coupé de ces racines mortes.

Pourquoi le processus de décolonisation en Algérie ne s'est pas fait plus en douceur comme en Égypte (1922), en Inde (1947) ou en Tunisie et au Maroc (1956) ?

Le déclenchement de la répression des nationalistes

s b.jpegLe 8 mai 1945, pour fêter la fin des hostilités de la seconde Guerre mondiale et la victoire des Alliés sur les forces de l'Axe, un défilé est organisé. Les partis nationalistes algériens, profitant de l'audience particulière donnée à cette journée, décident de manifester d'abord pacifiquement puis de rappeler leurs revendications patriotiques. Mais à Sétif un policier tire sur Saâl Bouzid, jeune scout musulman tenant un drapeau de l'Algérie et le tue, ce qui déclenche une émeute meurtrière des manifestants, avant que l'armée n'intervienne. S'ensuit une répression d’émeutes insurrectionnelles au cours desquelles une centaine d’Européens sont tués  et plusieurs milliers de morts (entre 15 000 et 45 000 selon les estimations) parmi les Algériens dans les régions de Sétif, Guelma et Kherrata. Le général Duval, qui avait dirigé cette terrible répression, averti après avoir fait cette prédiction : « Je vous ai donné la paix pour dix ans à vous de vous en servir pour réconcilier les deux communautés ». Constat qui fut exact à 6 mois près.

En 1946 Ferhat Abbas fonde l’Union démocratique du manifeste algérien (UDMA) en mai, et Messali Hadj le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD) en octobre. La tension était à son comble.

Dans les premiers relents indépendantistes :

En juin 1946, le député de Sétif, Ferhat ABBAS lors d’une assemblée Constituante à Alger : " Il y a cent seize ans que nous attendons cette heure, c'est-à-dire l'occasion d'être ici et de nous faire entendre parmi vous. Il y a cent seize ans pourtant que l'Algérie est française ! Alors ayez patience, je vous le demande et vous en supplie... Nous sommes une toute petite minorité. Soyez généreux ! Il est possible que nous n'ayons pas la manière. Si vous nous aviez fait l'honneur de nous admettre depuis cent seize ans au milieu de vous, nous l'aurions acquise..."

Par la suite les départs vers la métropole ont repris à partir de 1946, exils facilités par la liberté de circulation, instituée par la loi du 20 septembre 1947 qui reconnaît le statu du culte musulman.

 Petit résumé le la guerre d'Algérie (1954-62: moins de 4 minutes)

De la misère en pays riche au bastion du repli

alg 7.jpegLes disparités sociales et les discriminations étaient importantes. Un enfant indigène avait 12 fois moins de chance d'aller à l'école qu'un enfant européen. Le chômage était élevé pour les musulmans et ceux qui travaillaient était mal payé. En 1950 environ 500 000 d'entre eux émigrent en France métropolitaine à la recherche d'un travail mieux rémunérant pour soutenir leur famille en Algérie. Pour les colons la vie était plutôt confortable.

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Des historiens tels que Jacques Frémeaux notamment, ont montré que la colonisation avait, de 1830 à 1871, fait disparaître environ le tiers de la population de l’Algérie, soit environ 800 000 à 900 000 personnes sur trois millions d’habitants en comptant la grande famine de 1867-1868. On ne comprend pas le fond des rancœurs algériennes si l’on n’a pas à l’esprit la détresse économique et sociale de ce peuple. Sur 7 millions d’hectares de terres cultivables, la colonisation s’est emparée en un siècle de 2,9 millions d’hectares – lesquels étaient, aussi, les terres de meilleure qualité. Ces spoliations expliquent, d’une part, les grandes insurrections qui se succèdent, d’autre part, les vagues d’émigration vers le Proche-Orient. La commune d'Alger aurait compté 120 bidonvilles avec 70 000 habitants en 1953 pour une population totale de moins de 9 millions d'habitants. Le chômage est important; 1,5 millions de personnes sans emplois en 1955. Pourtant à cette époque, l'historien Daniel Lefeuvre rapporte qu'environ 600 000 Algériens musulmans « appartiennent aux groupes sociaux les plus favorisés » (grands propriétaires fonciers, professions libérales, membres de l'armée et de la fonction publique). Il y  avait tout pour diviser les gens entre eux.

 D'où vient 'ce vent de décolonisation' ?

La presse française officielle présenta volontiers le 1er novembre 1954 comme l’émanation de la main du Caire, de Nasser, n’agissant que sous les directives de Moscou. Or, les raisons de cette explosion de violence en 1954 sont plus profondes que cela. Les nationalistes arabes algériens se sont inspirés des idées de décolonisation et d'indépendance largement répandus depuis la Syrie jusqu'en Égypte qui en devint le leader. Le projet de Nasser d’unifier la « nation arabe » suscite la création de 'partis nasséristes' dans plusieurs pays: c’est notamment le cas du FLN algérien, qui poursuivit ce projet politique. En outre ce concept a renforcé la solidarité entre pays arabes ce qui leur a permit de le mettre en œuvre !

aflaq--140x180.jpgQui en a eu l'idée ? Cette idéologie du panarabisme provient du parti Baas co-fondé en 1947 en Syrie, par un 'arabe chrétien', Michel Aflak peu avant la décolonisation du moyen-orient et de l'Afrique du nord. L'idée était de réunir les nations arabes en une seule plus forte. Baasisme et Nassérisme tentent, dans la seconde moitié du siècle, de concilier arabisme et laïcité. L’idéologie fondée par Nasser mêle le panarabisme à un socialisme "arabe"» (non marxiste) et sensibilisera des nationalistes comme Ahmed Ben Bellah. En interne, cet idéal combat l’islamisme des Frères musulmans. A l’échelle internationale, le nassérisme est d’abord un anti-colonialisme qui considère Israël comme un état ennemi, symbole de l’impérialisme occidental.

Or le rapprochement avec l'islam est évident puisque l'arabité à l'époque ne pouvait se séparer de sa dimension religieuse qui l'incarne. Il n'est pas étonnant que du panarabisme le monde oriental a vite basculé dans l'islamisation des masses. De ce fait l'arabisme est un corps dont l'islam en est l'âme.

D'ailleurs Michel Aflak écrivit lui même que « L'Islam est la meilleure expression du désir d'éternité et d'universalité de la Nation arabe. Il est arabe dans sa réalité, et universel de par ses idéaux et sa finalité. Le message de l'Islam, c'est de créer l'humanisme arabe » -A la mémoire du Prophète arabe », avril 1943. On en a vu le résultat...

« Dès que les Algériens sont perdus, ils se réfugient dans l’islam » note l’historien Mohammed Harbi. Cela converge avec l’expression de Jacques Berque : l’islam fut le « bastion de repli » pour les Algériens face la conquête et la domination coloniale.

Dans ce contexte, plusieurs penseurs algériens vont critiquer les plus importantes personnalités du régime colonial français. Résultat; la plupart des figures du mouvement algérien vont être surveillées de près par les services policiers français, d'autres seront exilées vers d'autres pays (Syrie, Égypte..). Par la suite l'Association des oulémas musulmans algériens fut interdite.

L'étincelle de la guerre sans nom

Le 10 octobre 1954 en pleine crise du mouvement national, Mohamed Boudiaf et ses 5 compagnons (Mustafa Ben Boulaïd, Didouche Mourad, Larbi Ben M’Hidi, Krim Belkacem et Rabah Bitat, des hommes rompus à la clandestinité) créent le FLN, le Front de libération National. Ils fixèrent les objectifs de la lutte armée pour l'indépendance nationale par la restauration de l’État algérien souverain. LALN, la branche armée du FLN, ne disposait que de quelques centaines d’hommes et d’armes récupérées dans les stocks de l’armée italienne. Dans son extension le FLN compta 22 responsables dont Ahmed Ben Bellah.

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Le 31 octobre 1954 Krim Belkacem fait reproduire la proclamation du 1er novembre dans laquelle le FLN invitait le peuple d'Algérie à s'associer à la « lutte nationale » Une trentaine d'attaques terroristes plus ou moins désordonnées ont lieu le jour même dans tout le territoire algérien. Le bilan est de sept morts. Ces massacres de la Toussaint furent un tournant qui prit des allures de déclaration de guerre. Voici la suite chronologique des principaux événements:

L'escalade dans la terreur

Le 1er novembre 1954 une vague d'attentats contre les Français en Algérie marqua le début de la guerre. Quelques jours après le gouvernement français envoie des renforts militaires en Algérie.  

Le 24 novembre  François Mitterrand, alors ministre de l'Intérieur, prône le recours à la force. En décembre Messali Hadj crée le Mouvement nationaliste algérien (MNA). Ce parti rejeté par le Caire est vite apparu comme le concurrent du FLN. En quelques mois la confrontation entre nationalistes prend un tour d’une violence inouïe. Sur le terrain, c’est le FLN qui cause les premiers affrontements, afin de conquérir une suprématie détenue depuis des décennies par le messalisme. En Algérie, il détruit les bases supposées du MNA.

Le 26 janvier 1955 Jacques Soustelle est nommé gouverneur général d'Algérie.

En mai 1956, Ferhat Abbas rejoint le FLN dans sa lutte pour l'indépendance.

Le 16 mai les effectifs de l'armée française en Algérie sont portés à 100 000 hommes.

Le 20 août les massacres à Philippeville entraînent le soulèvement de musulmans est sévèrement réprimé, faisant une centaine de morts.  

Le 30 août en raison de l'extension de la rébellion armée, l'état d'urgence est proclamé dans l'ensemble de l'Algérie.  

Le ministre de l’intérieur François Mitterrand, apparemment bien informé, décide en septembre 1955 de transférer Messali Hadj dans une nouvelle résidence surveillée, aux Sables-d’Olonne, ce qui renforce son isolement.

En Novembre 1955 la création des SAS, Sections administratives spécialisées permettait. Ces képis bleus au nombre de 400 devaient apporter une aide sociale aux indigènes. Certains organisaient des classes d'écoles.

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Le 6 février Guy Mollet, président du Conseil, est accueilli à Alger par les manifestations d'hostilité des Européens. Il déclare que "la France doit rester en Algérie et elle y restera". 

Des pères blancs soutenant les indépendantistes

beranguer.jpgParmi les pères blancs militants pour l'indépendance de l'Algérie figurait l’abbé Bérenguer, curé de Montagnac près de Tlemcen. Outré par l’exclusion dont faisaient l’objet les Algériens, il soutiendra leur lutte jusqu’à la libération de leur pays. Dès 1936, alors jeune prêtre, il s’engage publiquement pour dénoncer l’ordre colonial par la parole, dans ses prêches et par écrit dans la revue engagée. Dénoncé, il sera expulsé d’Algérie en 1958 et se met à la disposition du Croissant rouge algérien qui le délègue en Amérique latine pour faire connaître le bien fondé de la révolution algérienne et recueillir des fonds pour les réfugiés algériens du Maroc et de la Tunisie, ayant fui la guerre d’indépendance. Il sera en fait un ambassadeur itinérant du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) en Amérique latine. Après l’indépendance de l’Algérie en 1962, il est élu député à l’Assemblée constituante mais, en 1965, il reprend son ministère de prêtre à Oran. Dans ce même combat en Algérie figurait aussi Jobic Korlan, ancien abbé de Souk Ahras et bien d'autres.

Un système politique militarisé

Le 11 avril 1956 le service militaire est porté à 27 mois, 70 000 "disponibles" du contingent de 1953 sont rappelés. 

Le 18 mai en Algérie, 19 appelés français, arrivés depuis seulement une semaine, sont massacrés.  Le 19 mai l'Union générale des étudiants musulmans d'Algérie (UGEMA) lance un mot d'ordre de grève pour une durée illimitée, et invite les étudiants et les intellectuels à rejoindre le FLN et son bras armée l'ALN

En septembre les effectifs militaires sont portés à 600 000 hommes en Algérie ! 

Le 22 octobre 1956  les officiers de l'armée françaises arraisonnent un DC-3 de Royal Air Maroc qui transporte plusieurs dirigeants du FLN de Rabat à Tunis. Ben Bella, Aït Ahmed, Boudiaf, Khider et Lacheraf sont faits prisonniers. En représailles, plusieurs dizaines de Français sont tués à Meknès (Maroc). 

Un chef  'combattif'

ben bellah.jpgAprès des études secondaires à Tlemcen, Ahmed Ben Bella part en France pour y faire son service militaire. Il adhère en 1937 au Parti du peuple algérien (PPA). 

En 1944, il est cité quatre fois à la bataille de Monte Cassino (Italie), où il faisait partie d'une unité d'élite, le 5e régiment de tirailleurs marocains. Il y a perdu deux de ses frères. Il a été décoré de la Médaille militaire par le général de Glle, chef de la France Libre.
Ce sous-officier de l'armée française est bouleversé à son retour en Algérie en 1945 par l'ampleur de la répression française des manifestations d'"indigènes". Il rejoint alors le messaliste, le MTLD.

Il se distingua alors en organisant le hold-up de la poste d'Oran pour remplir les caisses de son parti. Arrêté en 1950 et condamné à 7 ans de prison, il s'évade de la prison de Blida en 1952 et rejoint un premier noyau de dirigeants nationalistes algériens installés au Caire. Dans la capitale égyptienne, il se lie d'amitié avec le président Nasser, patron des "officiers libres", qui deviendra son mentor politique et apportera un soutien multiforme à sa demande au soulèvement algérien. En novembre 1954, il fit partie des 22 chefs historiques initiateurs du FLN contre la France coloniale. 

En octobre 1956, son avion est intercepté par l'armée française au-dessus d'Alger. Il est emprisonné en France jusqu'à la fin de la guerre d'Algérie, en 1962.

En 1957 prison il rencontrera un de mes amis emprisonné pour objection de conscience  au château du Turquant. Celui-ci lui parla des Évangiles et de sa situation. Ben Bella respecta sa position et lui enverra de l'argent une fois devenue président de l'Algérie en 1963. Il décéda âgé de 95 ans en 2012.

Le 1er novembre 1956 à l'occasion du deuxième anniversaire du déclenchement de la lutte armée, une grève générale est massivement suivie dans l'Algérois. Les premiers attentats à la bombe sont perpétrés à Alger par le FLN. En représailles, les civils français procèdent à des 'ratonnades' dans Alger.  

Dès le 2 novembre 1956, disposant d'informations selon lesquelles le FLN seraient en lien avec les services spéciaux égyptiens, François Mitterand veut des représailles envers le Caire. C'est l'expédition de Suez. La France et la Grande-Bretagne attaquent l’Égypte, bombardent ses aéroports et les installations du canal de Suez après l'attaque de l’Égypte par Israël.  

En décembre le général Raoul Salan est nommé commandant en chef en Algérie. Lele gouvernement français dissout les conseils généraux et les municipalités en Algérie.  

L'hégémonie du FLN

Les messalistes furent défaits dès 1957 en Algérie, et à partir de 1959-1960 en métropole. Le FLN avait établi son hégémonie

Le 7 janvier 1957: la 10e division de parachutistes du général Massu est chargée du maintien de l'ordre à Alger. Début de la bataille d'Alger.  

A la fin février de nombreux dirigeants du FLN sont arrêtés.  

Le 7 janvier 1958 la France commence à exploiter le pétrole saharien et procèdera par la suite à des essais nucléaires dans cette région.

Le 8 février le groupement aérien de Constantine décide, avec l'accord du général Salan, mais sans que le gouvernement français en soit averti, le bombardement de Sakhiet-Sidi-Youssef en Tunisie. L'opération fait 70 morts, dont 21 enfants d'une école.

Le 13 mai des Européens s'emparent du gouvernement général d'Alger. Un Comité de salut public est créé sous la présidence du général Massu, et on fait appel au général de Gaulle. Certains militaires français vont utiliser la torture pour soutirer des informations sur le FLN.

Le 1er juin 1958 l'Assemblée nationale investit de Gaulle par 339 voix contre 224. Il deviendra ainsi le dernier président du Conseil de la IVe République.

Le 4 juin il se rend à Alger et proclame aux européens dans un discours "Je vous ai compris". 

Le 19 septembre au Caire des membres du FLN avec Ahmed Ben Bella forme officiellement le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA). Ferhat Abbas est désigné pour en être son premier président. 

Le 28 septembre une nouvelle Constitution est approuvée par référendum (79% de oui en métropole, 95% en Algérie). Naissance de la Ve république le 5 octobre.  

Le 3 octobre de Gaulle annonce à Constantine un plan de développement en 5 ans pour l'Algérie.  

Le 23 octobre dans une conférence de presse, de Gaulle propose au FLN la paix des braves. Il est élu président de la République le 21 décembre.  

Le 18 avril 1959 le journal Le Monde divulgue le rapport accablant qu'a présenté Michel Rocard, jeune énarque socialiste, sur les camps de regroupement organisés par l'armée française en Algérie.

La mise en œuvre de 'l'Algérie algérienne'

Le 16 septembre de Gaulle proclame le droit des Algériens à l'autodétermination par référendum, propose sécession, francisation, association.  Le 28 septembre le GPRA refuse la proposition de de Gaulle. Il exige l'indépendance totale avant toute discussion.  

Le 28 novembre Ben Bella et les dirigeants arrêtés en 1956 sont désignés comme négociateurs par le FLN  

le 19 janvier 1960 le général Massu est muté en métropole pour avoir critiqué la politique du général de Gaulle.  

Le 13 février  la première bombe atomique française explose au Sahara  

Le 9 juin à lieu une rencontre entre de Gaulle et Si Salah, le chef de l'ALN à l’Élisée.  Le chef de l’État prononcera plus tard un discours en déclarant que "l'Algérie algérienne est en route".

En octobre eurent lieu des rafles d'Algériens à Paris et en banlieue  

Le 23 novembre Paul Delouvrier est remplacé par Jean Morin, comme délégué général du gouvernement en Algérie.  

Le 20 décembre 1960 les Nations unies reconnaissent à l'Algérie le droit à l'autodétermination. 

Expliquant le rôle central de l’Islam dans la résistance à la colonisation française, Ahmed Ben Bella affirmait que « si la colonisation a finalement échoué, cela est dû à un fait irréfragable : l'Islam. Qui n'a pas compris cela, n'a rien compris à la révolution algérienne, n'a pas saisi l'intelligence profonde des événements qui se sont déroulés sur notre terrain. […] Depuis environ quatorze siècles, le facteur islamique est le nœud gordien de nos latences, le noyau dur de notre identité »

Le 8 janvier 1961 par référendum, les Français se prononcent à 75% pour le droit à l'autodétermination du peuple algérien.  

En fin janvier est créée l'Organisation armée secrète (OAS) dirigée par Salan rassemblent des activistes européens contre l'indépendance de l'Algérie 

Dans la nuit du 21 au 22 avril 1961, les généraux Challe, Jouhaud, Zeller et Salan ont tenté sans succès de s'emparer du pouvoir par un putsch en Algérie. De Gaulle assume les pleins pouvoirs, aux termes de l'article 16 de la Constitution.  

En juillet on observa une recrudescence des attentats de l'OAS tandis que de nouveaux entretiens entre la France et le FLN ont lieux au château de Lugrin. Les discussions achoppent sur la question du Sahara. Par la suite eurent lieux de nombreux attentats du FLN et de l'OAS en Algérie.  

Le 6 octobre  le couvre-feu est instauré à Paris et en région parisienne pour les seuls Algériens, de 20 h 30 à 5 h 30 du matin, avec fermeture à 19 heures des débits de boissons tenus et fréquentés par les Algériens.  

Le 17 octobre plusieurs dizaines de milliers d'Algériens manifestent  pacifiquement dans les rues de Paris. La répression est brutale: des dizaines de morts, des centaines de blessés et plus de 10 000 arrestations. Des corps sont jetés dans la Seine. Pendant ce temps l'OAS commet des attentats en Algérie. La France dépêche des brigades spéciales anti-OAS, les "barbouzes". 

En janvier 1962 plusieurs attentats sont commis à Alger et en métropole par l'OAS et les anti-OAS.  

Enfin le 7 mars 1962 débutent les négociations d'Evian entre le FLN et le gouvernement français.  Ceux-ci aboutissent à la signature des accords d'Evian le 16 mars 1962. Ils comprennent un accord de cessez-le-feu, applicable le 19 mars à 12 h, et des déclarations publiées par les 2 parties. La version française mentionne des pourparlers avec le FLN, la version algérienne avec le GPRA. Il ne s'agit pas d'un traité entre deux Etats, mais d'un programme commun proposé à la ratification par référendum (le 8 avril 1962 en France et le 1er juillet 1962 en Algérie). 

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Délégation algérienne à Evian

Ces 'pieds noirs' qu'on ne voulait pas voir

Si la perspective de l'indépendance de l'Algérie fait la joie des nationalistes algériens, les pieds-noirs et les supplétifs algériens de l'armée sont déçus et inquiets. Ils redoutent les représailles.

Déjà, le 26 mars 1962 à Alger, alors que l'OAS manifesta violemment son désaccord, les troupes françaises ouvrent le feu sur une foule d'Européens qui manifestent contre les accords d’Évian et font 46 morts et 200 blessés. Cette reprise des combats est vu comme une violation de ces accords.

Le 8 avril se tient un référendum en métropole. 90,7% des votants approuvent les accords d'Evian. Le 1er juillet selon le référendum truqué d'autodétermination en Algérie l'indépendance est approuvée par 99,72 % des votants. Ce vote fut truqué puisque la plupart des autochtones ne savant pas lire et qu'il n'y avait qu'une seule possibilité de répondre selon le témoignage de mon propre père qui y a participé !

Le 3 juillet 1962 de Gaulle reconnaît l'indépendance de l'Algérie. Bilan de la guerre: de 300 000 à 600 000 morts selon les sources; entre 150 000 et 400 000 morts du côtés des partisans de l'indépendance de l'Algérie et près de 25 000 militaires français tués.  Entre 1954 et 1962 la France aurait envoyé en tout 1,3 millions de militaires ! Du côté des civils européens il y aurait 2 000 tués, sans compter les représailles que subirent les 'pieds-noirs'; à la fin de la guerre 10 000 d'entre-eux furent tués et 3000 personnes disparurent (dont 1282 seront retrouvés).

Des horribles massacres du FLN en représailles

Alors qu'il restait à Oran, environ 100 000 Européens, le 5 juillet 1962, soit quelques mois après les accords, des massacres ont été commis dans cette ville par des partisans de l'indépendance. Les témoignages recueillis sont accablants ; les chiffres varient de quelques centaines à quelques milliers de victimes en quelques heures, dont beaucoup ont disparu sans laisser de traces. Cet événement va accélérer le départ des européens vers la métropole.

Le Paris Match publie le 14 juillet 1962 le témoignage alarmant de ses reporters Serge Lentz et Jean-Pierre Biot, qui avaient failli partager le sort tragique des disparus d’Oran. Dans les jours qui suivirent, la multiplication des enlèvements de Français d’Algérie et de « harkis » devint une évidence impossible à nier ; mais le tragique événement d’Oran se perdit dans la masse des mauvaises nouvelles d’Algérie.

La France n'avait prévu ni de protéger ni de rapatrier les 160 000 Harkis et leur famille qui furent livrés à eux mêmes. En conséquence la majorité d'entre eux furent massacré dans des conditions épouvantables. On estime que seul 41 000 en comptant les familles réussirent à rejoindre la métropole emmenés par des officiers de l'armée ayant désobéit aux ordres officiels le plus souvent via la voie maritime. On leur avait menti; ce sont eux qu'on a trahi, abandonné et livré à leur bourreaux. Le regroupement et le transfert préventifs des anciens «harkis» menacés vers la métropole ont été refusés, puis ils ont été autorisés sous la pression de l’urgence, mais avec beaucoup de réticence.

Le génocide des "Harkis"

Contrairement à ce qu'on entend souvent le mot harkis ne signifie pas "traître" ou "apostat" mais vient du mot arabe haraka signifiant littéralement « mouvement». Il désignait bien avant la guerre, au sens strict, un individu servant en Algérie coloniale dans une formation paramilitaire, une harka. En Algérie, le terme est devenu synonyme de traître et collaborateur.

A la fin du conflit, l'armée française pouvait comptabiliser 160 000 harkis ou  autochtones supplétifs ou auxiliaires des troupes de l'armée française. En comptant les pieds noirs et toutes les familles on approcherai donc du nombre de 1,2 millions de personnes menacées de mort sur 8 millions d'habitants. A la fin de la guerre 1 habitants sur 8 fut menacé de représailles.

En conséquence, le nombre de harkis tués après le cessez-le-feu, victimes de représailles, fut estimé entre 75 000 et 100 000. Sans parler des 13 500 qui selon la Croix-Rouge furent incarcérés dans les prisons civiles ou militaires algériennes. Enfin jusqu'en 1965 plus de 41 000 d'entre eux (familles comprises) furent rapatriés incognito vers la métropole pour être parqués soient dans des camps de transit soit dans des centres d'accueil insalubres qui fermeront tous en 1975.

'La valise ou le cercueil'

 

Le Paris Match publie le 14 juillet 1962 le témoignage alarmant de ses reporters Serge Lentz et Jean-Pierre Biot, qui avaient failli partager le sort tragique des disparus d’Oran. Dans les jours qui suivirent, la multiplication des enlèvements de Français d’Algérie et de « harkis » devint une évidence impossible à nier ; mais le tragique événement d’Oran se perdit dans la masse des mauvaises nouvelles d’Algérie.

Finalement dans un tel climat de haine et de peur, d'avril à juillet 1962 environ 900 000 Français d'Algérie décident de quitter le pays en se faisant « rapatrier » en France.

Les Harkis qui ont pu échapper aux massacres sont arrivés en France dans la misère dans des camps de fortunes.

fln.jpgAprès la formation du premier gouvernement de l’Algérie indépendante par Ahmed Ben Bella, les dirigeants algériens s’efforcèrent de mettre fin aux enlèvements de Français et de retrouver les disparus. Ils mirent beaucoup plus de temps à empêcher les massacres d’anciens «harkis», et continuèrent à les détenir en prison, contrairement aux garanties d’Évian.

Au début des années 80 certains parents en Algérie optent pour les appellations berbères, mais à ce jour plus de 300 prénoms Amazighs sont toujours interdits par l’état civil, sous le motif qu'ils ne sont pas de la culture arabe. Toutefois, des prénoms d’origine arabes, européennes et même juives sont autorisées par les autorités algériennes, à l’instar de Sabrina, Lynda, Sarah,…pour ne citer que ces exemples, mais pas ceux qui ont une connotation amazighe.

Un accord non respecté en Algérie

"Dans les accords d’Évian, document de 93 pages plusieurs déclarations particulières promettaient l’amnistie pour tous les actes commis en relation avec les événements politiques avant le cessez-le-feu et l’immunité pour toutes les opinions émises jusqu’à l’autodétermination, l’exercice des droits civiques algériens pour les citoyens français d’Algérie (avec représentation proportionnelle à leur nombre) pendant trois ans avant de choisir leur nationalité définitive, le respect de leurs biens, de leurs droits civils, et de leur religion. Les accords d’Évian ont-ils été appliqués ? Ils l’ont été formellement. Du côté français, le gouvernement les a aussitôt publiés, avec leurs décrets d’application, et a organisé en métropole (mais pas en Algérie) le référendum du 8 avril 1962, destiné à ratifier les accords, à donner au gouvernement les pleins pouvoirs pour les appliquer, et à l’autoriser à conclure des actes de coopération avec l’Algérie indépendante."-Sources

Le FLN, ayant un projet socialiste, et recevant de l'aide militaire de l'URSS,  gouverne le pays. Mais les chefs du FLN entrent en conflit. Ahmed Ben Bella et Houari Boumédiène aidés par 4 Wilaya (Aurès, constantinois, Oran et Sud), font la guerre contre Mohamed Boudiaf et Krim Belkacem. Les premiers sortent vainqueurs et prennent Alger le 4 septembre 1962. C'est toutefois Ferhat Abbas qui préside l'Algérie du 25 septembre 1962 au 15 septembre 1963.Abbas est remplacé en 1963 par Ahmed Ben Bella, qui dirige le pays jusqu'en 1965 et instaure un pouvoir fort. Il nationalise les terres des colons.

En 1965, Houari Boumédiène prend le pouvoir à l'issue du putsch de 1965, qu'il présente officiellement comme un « correctif » décidé par le Conseil de la révolution algérienne.

Au fil du temps, la dictature FLN s’est accaparé du pouvoir et a spolié les biens des européens, instituant la corruption, le bac chiche, l’oppression.

La réconciliation franco-algérienne

Il faudra attendre le 5 octobre 1999 pour que le Parlement français adopte une proposition de loi reconnaissant "l'état de guerre en Algérie" dans les années 1950. Il aura fallu près d'un demi-siècle pour requalifier des faits jusque-là définis comme des "événements".

Le 16 juin 2000, à la télévision française, alors qu'il est en visite officielle en France, le président de la république algérienne, Abdelaziz Bouteflika, a déclaré que le peuple algérien n’était « pas encore prêt » à accepter que des harkis puissent revenir en Algérie. Le président algérien a comparé les harkis aux "collaborateurs" français sous l’occupation nazie. Plus tard il nuança ses propos.

"Nous avons commis des erreurs à l’encontre des familles et des proches des harkis et n’avons pas fait preuve de sagesse. Nous avons suscité en eux un sentiment de haine et de rancœur, portant ainsi un préjudice au pays", a reconnu le président Bouteflika en 2005.

Le 10 juillet 2014, sur requête d'un fils de harki soutenu par le «Comité Harkis et Vérité», le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rendu un jugement qui reconnaît la responsabilité de l'État français dans l'abandon et les massacres de harkis et les conditions d'accueil des familles de harkis dans des camps en France.

 Un travail de mémoire comme point d'ancrage

Ce qui est paradoxal est qu'il y avait 180 000 musulmans engagés dans l’armée française alors qu’ils n’étaient que 150 000 dans le FLN et l’ALN ! Le pouvoir évoque aussi les « martyrs » : 1,5 million de morts ! C’est une vraie surenchère dans les chiffres. Mais faut-il compter les musulmans tués par le FLN parmi ces martyrs comme les 75 000 "harkis" ? Pour le général Faivre (qui à l'époque a sauvé de nombreux harkis dont mon propre père) : « un débat ouvert entre des historiens de tendances différentes permettrait des avancées de la recherche historique. »

Aujourd'hui, l'affaiblissement du FLN libère les souvenirs et les nouvelles générations sont avide de leur passé : avec la fin des idéologies, les jeunes se tournent vers le passé pour trouver des points de repère. Et la nouvelle histoire se fait par le récit des victimes et non plus par le discours de l’État.

En effet le travail n'est pas fini. Une association de harkis en France souhaite la création d'une commission d'enquête sur les responsabilités de l’abandon de l’État français. Sans parler de leurs souffrances post-traumatiques comme celles que vivent les anciens soldats du Vietnam, l'attention est attiré sur tout ce que leur a couté leur engagement envers l'armée française à savoir la perte de leurs terres et demeures ainsi que l'abandon dont ils ont fait l'objet. Et pour quels résultats ? Un système a remplacé un autre système aussi arbitraire, aussi, injuste l’un que l’autre.

L'islam en fin d'hibernation

islamisme.jpgSur fond de révolte sociales, issus du terreau du FLN des individus utilisent l'islam pour faire face à la corruption et aux injustices sociales. Parmi ceux-là Ali Belhadj et Abbassi Madani qui vont fonder dans une mosquée de Babel oued le 18 février 1989 le Front du Salut Islamique du Salut (FIS). Ce mouvement financé par l'Arabie saoudite va se développé dans les milieux universitaires et va gagner de personnalités influentes du courant islamique algérien. Son but est d'instaurer un État islamique et la charia. Pour gagner en popularité, il eut recours à des actions de bienfaisance et de lutte contre la pauvreté et les autres malaises de la société. C'est ainsi que lors des élections locales du 12 juin 1990, premières élections libres en Algérie depuis son indépendance le FIS remporte la majorité des communes et obtient près de 54% des suffrages exprimés.

Le 26 décembre 1991 le FIS obtient 188 sièges de députés sur 231. Prenant acte de la situation qui prévalait, et qui risquait de tourner à son désavantage, l'armée décide le 11 janvier 1992 de pousser le chef de l'État, le président Chadli Bendjedid à la démission et d'interrompre le processus électoral.
En représailles s'est formé dès juin 1992 le Groupe Islamique armée, le GIA se lance dans la lutte armée, ses activités se caractérisent par la violence, les attentats et par une position intransigeante exprimée dans sa devise « Du sang, du sang, de la destruction, de la destruction. Ni trêve, ni dialogue, ni réconciliation ! » Ce mouvement fondé par Abou Abd Ahmed et Djamel Zitouni commettra plusieurs attentats en France en 1994 et assassinera le chanteur Matoub Lounès le 25 juin 1998.

Les premières attaques envers la contre-culture islamique:  

L'écrivain Tahar Djaout fut la première victime de la décennie du terrorisme algérien. Il fut Assassiné en 1993 pour ses idées "progressistes" et son rejet de l'obscurantisme islamiste. Matoub Lounès fut une autre cible. Artiste de grande dimension, poète, chanteur, et compositeur, il a été militant de la cause identitaire Amazigh en Algérie et a apporté sa contribution dans la revendication et la popularisation de la culture Amazigh ainsi que pour l'introduction de la laïcité en Algérie.Violemment opposé au terrorisme islamiste, il condamna l'assassinat d'intellectuels.

Tout comme le FIS, le GIA finira par se diviser en deux clans, les salafistes qui cherchent à mettre au point une révolution islamique mondiale et les djazaristes qui cherchent à prendre le pouvoir en Algérie. Ce binôme travaillant en symbiose, fruit de l'islamisation des masses va devenir un copié collé un peu partout dans le monde musulman entre idéologues islamistes opportunistes voulant prendre le pouvoir et islamistes voulant perpétuer le panarabisme islamique au niveau mondial (Frères musulmans, Forsane Alizza, Ansar Dhine, Talibans, Al Qaida, AQMI, EI, Chebabs, Boko Haram etc...). En occident nombreux sont ceux qui pensent que la charia n'a rien à voir avec l’islam mais est utilisé par des gens sectaires; comme ils se trompent ! Le réveil va être dur.

Depuis, l'actualité le confirme bien, le monde regorgent de réseaux islamistes comme des toiles tissé étant plus ou moins imbriquées les uns sur les autres pour défendre finalement une seule vision; l'hégémonie de l'islam sur les peuples. L'assimilation n'est pas la solution puisque comme le prouve les attentats commis au Danemark. Ce pays a beaucoup fait pour intégrer les populations étrangères pourtant la haine et la défiance est de mise pour la plupart des musulmans (au vu des sympathies qu'ils ont manifesté pour le tueur). En réalité aucune autre civilisation ne peut assimiler l'islam puisque son message politique qui est expansionniste est prééminent sur tout et ne s’accommode sur rien d'autres.


Du temps de ses colonies, la France fut jadis la première puissance musulmane au monde. Napoléon III caressait l’espoir d’un royaume français d’Orient. L’Algérie française fut l’un des derniers soubresauts d’un destin qui aurait pu devenir commun mais l'histoire montre que cela demeure irréalisable. 

14/11/2012

Le champ médiatiquement étroit des "sectes" serait-il élargi ?

Manuel Valls le ministre de l'Intérieur a estimé ce mercredi que le risque terroriste représentait une menace "permanente" en France. Selon lui, des quartiers sont sous l'emprise de "sectes" incluant des centaines de personnes. Faut-il y voir là un nouvel élargissement médiatique de ce terme hautement péjoratif longtemps réservé aux minorités confessionnelles ?                                           

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Patrick Calvar remplace Bernard Squarcini à la tête de la DCRI

Selon le quotidien Le Monde "en marge de l'affaire Merah, sur laquelle il était interrogé sur RMC-BFMTV, le ministre a évoqué un "ennemi intérieur qui prospère sur [la] radicalisation de cet islam qui n'a rien à voir avec [celui] pratiqué par l'immense majorité de nos concitoyens, mais qui prône la haine, l'antisémitisme, qui se mélange en plus avec la petite délinquance, avec le crime, avec le trafic de drogue, il est là, il est présent". A cet égard, "ce sont plusieurs centaines de personnes qui sont concernées", a jugé le ministre, ajoutant qu'"il y a des quartiers dans notre pays qui sont sous l'emprise de ces sectes".

Une menace "permanente". C'est en ces termes que le ministre de l'Intérieur Manuel Valls a qualifié le risque terroriste en France.  Il estime que des centaines de personnes constituent "potentiellement un danger en ce domaine" en rappelant que "nous l'avons vu il y a quelques semaines avec le groupe de Sarcelles (dont des membres sont suspectés d'avoir participé à un attentat à la grenade dans un magasin juif) qui a été appréhendé".

"Nous savons (que ses membres) se préparaient à la fois à envoyer peut-être des individus en Syrie pour faire le jihad, mais ils avaient sans doute des objectifs pour notre pays", a avancé le ministre, tout en se voulant "prudent" sur ce sujet.

Le risque terroriste "existe, il faut le combattre", a affirmé le ministre et, pour cela, "on a besoin d'un renseignement de très grande qualité et les différentes réformes que m'a proposées le nouveau directeur de la DCRI Patrick Calvar visent précisément à renforcer l'efficacité du renseignement", a-t-il indiqué. Pendant trois ans, de mars 2004 à février 2007, ce dernier fut sous-directeur du contre-terrorisme et du monde arabe-musulman.

On se souvient qu'Yves Bertrand, Directeur Général du service des Renseignements Généraux de 1992 à 2003, avait collaboré activement à fournir des « informations » aux députés de la commission d'enquête qui ont rendu leurs conclusions dans le fameux rapport de 1996. Par la suite il a reconnu que "ce travail a incontestablement vieilli" et qu'il a lui "même évolué sur la question" ajoutant que "certains groupes se sont vu un peu vite affubler du vocable de secte. La sémantique elle-même devrait être modifiée. Doit-on confondre en un même vocable, sectes et mouvements minoritaires, pratiquant le prosélytisme comme les témoins de Jéhovah ? J'en doute sincèrement."

Aujourd'hui, nous constatons que la notion de "secte" dans le vocabulaire français semble donc s'élargir à des courants minoritaires jugés dangereux qui jusqu'à présent étaient curieusement épargnés par cette désignation péjorative. Mieux; peut-on s'attendre à ce que ce champ de vision se déplace vers les mouvements dangereux ? C'est une probabilité à ne pas écarter. Mais seul l'avenir nous le dira. En attendant, il semble que tout comme aux Etats-unis, les services du renseignement ont un nouveau visage à leur tête. C'est probablement une pure coïncidence...