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08/02/2015

L'Algérie, le pays aux mille empreintes coloniales (1ère partie)

De l'autre côté de la Méditerranée s'étend un vaste pays presque cinq fois plus grand que la France qui a connu une succession de colonisateurs. Et pour cause, la variété des paysages de l'Algérie ainsi que ses climats sont attrayants. Si chacun y a laissé ses traces, il y en a un en particuliers qui a réussi à implanter durablement et en profondeur ses croyances, son mode de vie, sa langue à ce pays pourtant très diversifié. Quel est ce conquérant et comment a-t-il fait ? 

                  Une splendide terre d'accueil pour les conquérants

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Parmi les premiers occupants du pays auraient figuré les gétules puis les berbères, bien avant l'arrivée des phéniciens. Les premiers rois berbères gouvernaient les Numides, Gétules, et Bavares qui ont survécu jusqu'à l'époque romaine. Les Numides formaient une civilisation avancé. Les Berbères, qu'on a aussi appelés Libyens, apparaissent dans l'histoire 3000 ans avant notre ère.

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Vers 2700 avant N-E, apparut, pour la première fois, une croyance en un Dieu unique, fondée par l'Hébreu Abraham. Certaines familles juives d’Égypte qui étaient groupées en tribus, au moment de "l'Exode", allèrent vers la partie occidentale de l'Afrique du Nord et gagnèrent à leur croyance de nombreuses populations berbères.

Au IXe siècle avant N-E, les Phéniciens dépendant de Carthage en Tunisie (carthaginois) s'établirent sur le littoral algérien et fondèrent la puissance carthaginoise. Au fil des siècles les Gétules développèrent une cavalerie efficace, et devinrent un peuple nomade et migrant du Sahara vers le Nord de l'Afrique face aux numides.

Au IIIe siècle avant N-E Massinissa unifie les royaumes numides (berbères)  et fait de Cirta (Constantine) sa capitale.
En 146 avant N-E., à la suite de la destruction de Carthage, les Romains prirent possession du pays, qu'ils conservèrent pendant 575 ans et dont ils firent le principal grenier de l'Italie. On voit encore les ruines des villes nombreuses qu'ils bâtirent dans la région du Tell et jusque dans le bassin du Hodna, jusqu'au pied du versant Nord de l'Aurès.

De 112 à 105 avant N-E  Jughurta, petit-fils de Massinissa, se rebelle contre Rome. Il combina des manœuvres militaires face aux Romains avec son voisin de l'ouest, le roi Bocchus Ier de Maurétanie. Ce dernier le trahit et aide les romains à le capturer. Après l'exécution de Jugurtha, la Numidie occidentale est offerte à Bocchus pour être rajoutée à son royaume de Maurétanie, tandis que la Numidie orientale est gouvernée encore quelque temps par des princes Numides soumis à Rome (voir carte ci-dessous).

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Qui sont les berbères ?

alg 1.jpgLe nom de « berbère » est issu du mot barbarus, par lequel les Grecs, puis les Romains, désignaient tout peuple ignorant les coutumes et la civilisation gréco-romaines. Connus depuis l’antiquité pharaonique sous d'autres noms, les Berbères subsistent dans un immense territoire qui commence à l’ouest de l’Égypte. Les Berbères ou Imazighen ('hommes libres') sont un ensemble d'ethnies qui occupaient un large territoire allant de l'ouest de la vallée de Nil jusqu'à l'Atlantique. Ils y fondèrent de puissants royaumes, Organisés en tribus. Par la suite, les Romains ont maintenu l'usage du mot « Berbères » pour désigner les peuples d'Afrique du Nord qu'ils n'ont jamais réussi à soumettre totalement. L'avènement de Jésus-Christ fit connaître une nouvelle croyance en un Dieu unique. Cette religion fit de nombreux adeptes parmi les populations berbères du Nord Occidental de l'Afrique. Plus lard, les Hillalis leur donneront un autre nom en Algérie : les "Kabyles" c'est à dire "soumis". Une forme de christianisme se développa rapidement parmi les populations berbères, prit un grand essor et dura jusqu'à l'arrivée des Arabes en 640. Il y a eu 3 papes chrétiens d'origine berbère. La plupart des Berbères furent sédentaires. Ils se désignent d'abord par leur ethnie régionale et par leur parlé berbère : en Algérie, on trouve les Chaouis, les Kabyles, les Mozabites, les Touaregs, les Beni Snous, les Chenouis, les Banou Ifren et Maghraoua, etc). Parmi les Berbères juifs, on distinguait les Djeraoua, tribu qui habitait l'Auras et à laquelle appartenait la Kahena. Plusieurs ethnies d'origine berbères parlent l'arabe et ne s'identifient pas aux régions cités. L'ensemble des ethnies  Imazighen (le pluriel d’« Amazigh ») a pour territoire la Tamazgha. Dans ces groupes il faut différencier les tribus qui ont des coutumes souvent différentes. Aujourd'hui sur une population algérienne de 40 millions d'habitants il  y aurait 12 millions de berbères (plus du tiers). Ce pays est le 2eme pays francophone au monde.

12 millions de Berbères1. D'autres sources indiquent qu'il y a 8 millions deKabyles46. Les berbérophone Chaouis sont environ 2 870 000 en 2005 47. Parmi les Touaregs subsahariens, il y a près de 3 millions de Berbères 48. Selon Francis Manzano et Fernande Krier9 réf. à confirmer : : En Tunisie, environ 60 000 Berbères9. En Mauritanie, entre 100 000 et 500 000 Berbères9. En Égypte, il y a entre 10 000 et 50 000 Berbères9. En Libye, la population est Berbère, mais elle a été arabisée. 4% de la population y maîtrise le berbère

Copy and WIN : http://bit.ly/copynwin
Au Maroc, 19 millions de Berbères1. En Algérie, 12 millions de Berbères1. D'autres sources indiquent qu'il y a 8 millions deKabyles46. Les berbérophone Chaouis sont environ 2 870 000 en 2005 47. Parmi les Touaregs subsahariens, il y a près de 3 millions de Berbères 48. Selon Francis Manzano et Fernande Krier9 réf. à confirmer : : En Tunisie, environ 60 000 Berbères9. En Mauritanie, entre 100 000 et 500 000 Berbères9. En Égypte, il y a entre 10 000 et 50 000 Berbères9. En Libye, la population est Berbère, mais elle a été arabisée. 4% de la population y maîtrise le berbère

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En 17 le chef de guerre numide Takfarinas se révolte contre Rome après avoir été enrôlé dans son armée. La guérilla qui s’ensuivit dura 7 années et fut écrasée dans l’œuf. Pour coloniser cette partie de l'Afrique, Rome s’appuya sur l'intégration des aristocrates locales qui connaissaient bien la culture hellénique.

Les romains ont bâti des villes, tracé des voies, édifié des aqueducs, fertilisé des terres arides et le pays, peu à peu, s'est épanoui dans la Pax Romana. Alors que le latin devenait la langue officielle de l'Algérie, on a vu y naître penseurs, philosophes et poètes tandis qu'insensiblement, les Berbères et les Numides s'éloignaient des cultes sanguinaires et païens pour se tourner vers une forme de christianisme en vogue.

La romanisation profonde de la population berbère s'amorce au point que de nouvelles méthodes de cultures rendent plus productives les terres jusque vers 235 l'époque où la crise frappe de plein fouet le pays en pleine période de 'christianisation'.

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De 311à 314 un berbère fut élu pape: Miltiade (ci-contre). En 347, les tribus berbères insurgées s’allient aux donatistes, une secte chrétienne opposée à Rome (ceux-ci refusaient d'accepter l'autorité religieuse de l'Empereur, et exigeant la séparation de l'État et de la religion.)
En 354 "saint" Augustin naît à Thagaste, dans le nord-est de l’Algérie. Cet évêque berbère catholique d'Annaba essaya de calmer la colère de l'administration romaine, en plaidant pour un traitement plus humain des donatistes. Il influencera profondément la pensée de la chrétienté. A l'époque, le pays comptait plus de quatre cents églises et des milliers de fidèles.
En 429 les Vandales, venus d'Espagne, mirent fin à la domination romaine et devinrent les maîtres du sol pendant 104 ans. Ils atteignirent l'Algérie par l'Espagne en traversant le Maghreb.
De 439 à 533 les Vandales (venus d'Espagne mais sont à l'origine des germains du nord) règnent sur le Maghreb romain. Alors que les Romains avaient su admirablement mettre en valeur la terre africaine, celle-ci, après l'invasion arabe, était redevenue inculte et improductive. Le général Bélisaire, en 534, anéantit leur empire et soumit le pays au sceptre des empereurs de Constantinople. L'Algérie est sous la domination byzantine (Empire romain d'Orient).
 

Des coutumes païennes 'christianisés' encore en vogue:

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Aujourd’hui il n’est pas rare de voir des femmes berbères avec des tatouages en forme de croix sur le front, les mains, le menton, les tempes ou les joues. Elles le font soit avec un crayon spécial soit avec du henné lors d'événements importants (rituel de la “nuit du henné” avant le mariage, à la naissance, au baptême, ou à la circoncision.). Pourtant ces tatouages appelés “el-âyachaétaient lié à un ensemble de rites païens de sorcellerie et de magie. Dessiné sur les enfants avec du noir de fumée on pensait qu'ils les protégeaient du mauvais sort et de la malchance. On retrouve cette coutume lorsque le jour de la naissance d’un enfant coïncide avec un événement néfaste. Ainsi, la croix était très répandue dans la culture berbère; elle symbolisait les 2 jambes ou les deux bras de l'homme. Sa généralisation fut facilitée grâce au culte de la croix païen très présent dans le reste de l'Afrique avant que l’Église catholique ne l'officialise. Hormis son côté embellissant, le tatouage dans la culture berbère est aussi un symbole d'appartenance à une tribu particulière, ou à un groupe social, ou un statut. Bien qu'on lui prête encore des vertus guérissantes (maux de têtes etc...), il était aussi un signe de démarcation. Les Imazighen par exemple se démarquaient des arabes en traçant des symboles propres à eux comme le signe Amazigh. Il peut être aussi un moyen d'expression comme la douleur puisque certaines femmes berbères du Maghreb ayant perdue leurs mari à la guerre, se faisaient un tatouage du menton jusqu'aux oreilles: comme une représentation de l'homme qu'elles ont perdues. L'interdiction islamique des tatouages sous peine d'être "enlevés en enfer avec des pinces rougies au feu" n'a pas réussie à endiguer cette habitude. En effet, il suffisait, pour ne plus redouter ce châtiment, de recouvrir les tatouages au henné après la mort. En effet, pour pallier cette contrainte religieuse, on lui a substitué le henné (non mutilant) qui faisait déjà partie de la culture arabe.

enmaillontement.jpgD’autre part une ancienne tradition berbère est souvent perpétuée dans la façon de langer les nourrissons avec des bandelettes blanches du pied jusqu’au ventre pour éviter qu’il ne bouge (ma propre mère nous bandait ainsi étant tout petit, moi et mes frères et sœurs en faisant le signe de croix avec ses avant-bras sur notre ventre). Après être langé de la sorte la mère fait des signes de croix avec ses avant-bras sur le ventre du bébé. D’après-vous d’où viennent ses coutumes ? Nul ne peut nier qu'elles ont un lien avec le culte de la croix.

Pourquoi emmaillotait-on les petits ainsi ? Hormis ces vertus sécurisants tant sculpture-emmaillotement.jpgpour l'enfant que la mère, c'est une coutume hérité des païens. En effet dans la Rome antique, à la naissance, l’enfant recevait des soins pour son nombril, avec un linge imbibé d’huile, aidant à la cicatrisation. Ensuite, il était emmailloté, selon soit la technique en spirale ou en rectangle. Partie intégrante de l’éducation romaine, l’emmaillotement a une signification particulière. Les Romains considèrent l’enfant proche de l’état animal. En emmaillotant le bébé, il passe de la position fœtale à la verticale, ce qui l’humanise. Cette tradition 'christianisée' s'est répandue sous différentes formes en occident où elle fut observée jusqu'au début XX ème siècle dans certaines parties de l'Europe.

 
La rude transformation de la Berbèrie en Maghreb arabe

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En Orient, le califat omeyyade d’Abd al Malik débute en 685 jusqu'en 707. Celui-ci nomme Hassan Ibn Numan gouverneur au Maghreb, lequel mènera la reconquête de cette région en 686 avec le cruel général Oqba Ibn Nafa (illustration ci-contre). Celui-ci conquit la Maurétanie en convertissant par la force ses habitants à l'islam. En 693 malgré la résistance de la plupart des berbères qui se retranchèrent dans les montagnes, la plupart de la population accepta les nouveaux dirigeants arabes.
 
 

          Une islamisation plus rapide et ancrée dans les cultures:

alg 6.jpgComment expliquer que les anciennes provinces romaines d’Afrique, en grande partie christianisées et constituant la région la plus prospère de l’Occident latin, soient devenues en quelques siècles le Maghreb arabe ? Serait-ce la langue arabe imposée comme lecture du coran qui aurait surpassée les langues locales ? Non car plusieurs populations islamisées ailleurs (perses, turcs, afghans, pakistanais, africains, irakiens, syriens, etc...) ont non seulement conservées leurs langues mais aussi la plupart de leurs populations chrétiennes. Deux facteurs ont aidés:

Premièrement Rome avait réussi, pendant quatre siècles, à contrôler les petits nomades des steppes africaines par la fortification de leurs garnisons et provinces.  Cette irruption de la vie nomade dans l’Afrique du nord devait avoir des consé­quences incalculables. Modifiant durablement les genres de vie, elle prépare et annonce l’arabisation. Quand les arabes coutumiers de la vie migratoire  sont venus envahir l'Afrique du nord la plupart de ces peuples étaient préparés à cette vie nomade qu'ils ont facilement incorporés en adéquation avec l'islam qui s'inspire de ce mode de vie.

Deuxièmement, les querelles théologiques sont un autre ferment de désordre, elles ne furent pas moins fortes chez les Chrétiens d’Afrique que chez ceux d’Orient. L’Église, qui avait eu tant de mal à lutter contre le schisme donatiste, est affaiblie, dans le royau­me vandale, par les persécutions, car l’arianisme (d'Arius le berbère qui rejeta la trinité dès 312) est devenu religion d’État pour le royaume vandale d'origine germanique.

Kuseyla, le chef de la résistance à la conquête musulmane du Maghreb entra en conflit avec Oqba Ibn Nafaa jusqu'en 688, année ou Kahina prit la tête de cette résistance.

Une 'Jeanne D'arc' et féministe d'avant l'heure

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La reine guerrière Berbère Kahina des Aurès qui régna de 686 à 693 combattit les omeyyades (syriens musulmans) lors des invasions islamiques au VII eme siècle. Elle fut en même temps une des première reine guerrière et féministe de l'histoire. Les auteurs sont partagés sur sa confession; nombreux sont ceux qui la considèrent comme juive alors que pour d'autres elle est 'chrétienne'. Elle aurait pratiqué la divination. La difficulté vient du fait que plusieurs historiens arabes qui ont écrit à son sujet n'étaient pas objectifs.
Selon Mohamed ALAOUI elle fut en réalité "une païenne au sens non idolâtre ou polythéiste, mais dont le paganisme s’apparente à un matérialisme moderne (...) Une adoratrice de la terre, seule divinité qu’elle reconnaisse. Cette passion pour la terre est synonyme de patriotisme."- Source

Vaincue en 693 par l'émir Hassan Ibn Numan, elle est faite prisonnière et décapitée en 704.

En 711 les Arabes sont maîtres de l’ensemble du Maghreb, qui devient une province omeyyade (de Syrie). Les populations se convertissent à l’islam.

En 911 les Fatimides (une dynastie califale égyptienne) détruisent le royaume berbère de Tahert (région d’Oran). La domination des Arabes dura environ 400 ans: elle prit fin à l'extinction de la dynastie des Fatimides en 1171. Alors le pays tomba dans un état d'anarchie à la suite duquel les Berbères, dirigée par la dynastie marocaine des Almohades, sont redevenus maîtres chez eux, se divisèrent en un certain nombre de principautés dont les plus florissantes furent celles qui se livrèrent à la piraterie. En 1269, la chute des Almohades marque un tournant dans les relations avec les puissances chrétiennes. Ces dernières profitant des divisions au sein des musulmans, s'organisent pour la Reconquista. Au 13e siècle, de nombreux pirates opèrent en méditerranée.

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De 1492 à 1609 entre 300 à 400 000 musulmans espagnols et quelques juifs forcés de se convertir au catholicisme fuient l'Espagne dont une partie se réfugient en Algérie; on les surnommera les Morisques.
En 1509 une armée espagnol commandée par Pedro Navarro prend la ville d'Oran. Au fil des années ils y établissent une place forte en y chassant les Morisques. (La présence de cet autre envahisseur va durer jusqu'en 1555).

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Un pays molesté par la domination turc et les pirates

barberousse.jpgOn fit appel aux pirates pour empêcher l'Espagne de s'approprier l'Algérie. Le résultat c'est que ce sont eux qui ont exploité ces plus beaux quartiers. Les pirates des mers furent la terreur et le fléau des côtes de la Méditerranée. Tous les chrétiens qu'ils capturaient subissaient un dur esclavage. Au début du I6ème siècle la régence d'Alger fit appel à des corsaires turcs, les fameux frères Aroudj (photo ci -contre) cet Khayral Din tout deux plus connus sous le nom de Barberousse pour chasser les espagnols et rattacher cette contrée à l'Empire Ottoman. Par la suite, le pays devînt le fief de l'esclavage organisé de main de maître et la base arrière de la piraterie qui faisait de la Méditerranée l'objet de tous les dangers.Ils s'emparèrent de plusieurs villes:  Djidjelli, Alger, Cherchell, Ténès et Tlemcen. Ils devinrent par la suite gouverneurs de la régence d'Alger; pour le premier de 1515 à 1518 et le second de 1518 à 1533. Pour s'assurer un appui tant contre les indigènes que contre les États chrétiens, ils se firent vassal des Turcs. Pendant cette période le commerce des femmes et des esclaves se développa considérablement.

Courte vidéo (moins de 4 minutes) sur l''échec de la Reconquista espagnol

L'imprégnation profonde du maraboutisme

Avant l'arrivée des arabes, certains marabouts d'Afrique noire étaient venus s'installer en Algérie (Le mot « marabout » signifie en arabe 'l'homme vivant dans un ribāṭ' ou 'couvent fortifié'). Ils proposaient leurs services de guérisons pour de l'argent en utilisant toutes sortes de rites magiques païens. Avec l'islamisation des peuples le maraboutisme s'est adapté et a incorporé les croyances religieuses musulmanes avec ses pratiques lucratives. Par la suite pour avoir une plus grande emprise sur les gens, les marabouts finirent par être les gardiens de l'islamisation des villages éloignés des villes plus ancrées dans les pratiques religieuses. Bien que timidement condamné par l'orthodoxie islamique, le maraboutisme fut en réalité le deuxième bras de l'islamisation. C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre l'influence considérable de l’islam sur les cultures locales.
 

La culture berbère matriarcale

Saviez-vous que certains villages berbères étaient administrée par des femmes ?

fatmala-rousse_small.jpgFatma Tazoughert (la rouquine?). Nous lisons dans une contribution de Nadhir Sbaâ: «Guerrière redoutable, elle sacrifia ses deux frères pour exalter le respect de la discipline.» «Née dans la montagne de Hitaouine (Merouana, les Aurès inférieurs, Titaouine), Fatma «la Rousse», (1544-1641) prêtresse et reine, réussit sous son règne, non seulement à unir plusieurs groupes berbéro-arabes, mais à perpétuer le matriarcat en désignant uniquement des femmes au sein du conseil des sages. Unique femme, dit-on, des siècles après la Kahina, qui ait régné sur les Aurès et perpétué le matriarcat, on la retrouve partout dans les chansons des «Rahabas» et les «contes». Ses caractères distincts, sa forte personnalité et son instruction avaient fait d’elle, comme écrit Nadhir Sbaâ, une femme «crainte, prêtresse admirée, jouissant d’un grand prestige grâce à sa culture ancestrale». Pas étonnant que la culture berbère continue de rester  difficilement conciliable avec les préceptes de l'islam sur la condition de la femme.

 
En 1587 L’Algérie finit par devenir une régence dépendant directement de l’Empire ottoman.
 
De 1804 à 1827 plusieurs tribus et confréries se révoltent à travers toute l'Algérie.
Le 29 avril 1827, à la suite d’une dispute au sujet d’une dette française impayée, le dey d’Alger convoque Deval, le consul de France. Pour l'histoire officielle cette crise diplomatique franco-algérienne déboucha sur la conquête de l'Algérie. En réalité cet affront n'est qu'un prétexte. La régence d'Alger abritait un immense trésor;  l’équivalent de plus de 500 millions de francs de l’époque !

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A la recherche de 'la France nouvelle'
 
Le 11 mai 1830, le roi de France Charles X ordonna la conquête de l’Algérie avec le soutien du Pape et de l’Église catholique ce qui transformait l’action de l’armée française en une lutte de la chrétienté contre l’Islam dans la filiation directe des croisades. La France prétexta l'insulte faite au consul français par le dey d'Alger  pour envoyer une flotte et une armée de débarquement qui prit terre à Sidi-Ferruch le 14 juin 1830, et s'empara d'Alger. La prise de la ville signifie la fin de l'administration de l'empire ottoman et le début de la colonisation française.
Le 5 juillet 1830, le dey d'Alger signa sa capitulation et fut considéré prisonnier. Une convention signée entre le Bey local et le général de Bourmont engageait la France à respecter la liberté de tous les habitants de l’Algérie, leur religion et leur propriété.
Débarqué à Alger, de Bourmont, s’adressant aux aumôniers militaires au cours d’une cérémonie religieuse, déclarait : « Vous venez de rouvrir avec nous la porte du christianisme en Afrique. Espérons qu’il y viendra bientôt faire refleurir la civilisation chrétienne qui s’est éteinte »
Le roi de France prend sa place, y compris la propriété de tous ses biens (et ils sont innombrables). Le dey a la vie sauve avec une partie de ses femmes, de ses enfants et de son entourage, avec une partie de son trésor, il gagne la Turquie.

Deux mois après la prise d’Alger et malgré la convention signée par le général de Bourmont, le général Clauzel inaugura une politique de lutte contre la religion musulmane en la privant de ses moyens d'existence par la confiscation des biens habous. Environ deux millions d'hectares de terre furent confisqués et plusieurs dizaines de mosquées furent fermées. Un grand nombre de cimetières furent labourés afin de les transformer en terres arables pour les colons. Les religieux, qui refusaient de faciliter ces confiscations, furent voués à l'internement et à l'exil, comme le mufti malékite Belkebabti qui fut déporté puis emprisonné en Corse avant d'être expulsé plus tard à Alexandrie. (-Sources). Aussi des mosquées furent transformées en églises.

Profitant de la misère créée par la colonisation, qui avait détruit le tissu social existant avant 1830 entraînant un processus de « clochardisation » des régions rurales, les missionnaires recueillaient les orphelins algériens pour les christianiser. Les orphelinats de Ben Aknoun et de Boufarik furent créés dans cette optique par le père jésuite Brumault.

Regards croisés de quelques écrivains sur l’Algérie avant 1830 :

 "Toute l'instruction qu'on donne aux enfants consiste à les envoyer à l'école, où ils apprennent à lire et à répéter cinquante ou soixante aphorismes du Coran. Quand un enfant est susceptible de ce gigantesque effort d'instruction et de science, son éducation est finie." (…) "Les sectateurs de Mahomet trouvent plus convenable à leur politique barbare de couvrir les yeux du cheval condamné à moudre le blé." -Pananti

"Les gens de lettre, appelés alfagui et talbi, sont pour l'ordinaire des imposteurs qui font usage du peu de talents qu'ils possèdent avec la seule vue de maintenir la plus profonde ignorance dans la populace. Les Imams et les Musulmans, exclusivement dévoués à l'étude du Coran, forment une barrière impénétrable contre la connaissance."-Pananti

"Très peu de femmes ont ici quelque idée de religion. On regarde comme tout à fait indifférent qu'elles prient ou non; qu'elles aillent à la mosquée ou qu'elles restent chez elles. Elles sont en conséquence élevées dans l'ignorance la plus grossière. Elles ne semblent faites que pour être les dupes des hommes."-Laugier de Tassy

"Les Algériens se sont toujours fait gloire de négliger toutes les précautions employées par les chrétiens pour prévenir la communication de la peste. C'est, à leur avis, s'opposer aux décrets éternels de la Providence et au cours de la prédestination absolue qui en est le résultat." Laugier de Tassy, Histoire des Etats barbaresques qui exercent la piraterie, 1757 -Sources.

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Le Souk d'Alger

'La mission civilisatrice' de la France

Dans le Bled de ce pays que les Français ont trouvé sans médecins et sans hôpitaux, des fléaux tels que le trachome, la diphtérie, le typhus, le tétanos avaient régressé et presque disparu. Chaque fermette, chaque école rurale, chaque petite exploitation avait son officine, chaque « Roumia » ou homme blanc (allusion aux romains) apportait au voisinage les conseils d'hygiène et de premiers soins vitaux qu'on lui avait enseigné.
 

"On ne voit pas un seul médecin à Alger, ni dans le reste du royaume. Les bigots mahométans en censurent l'usage. Ils prétendent que c'est tenter Dieu que de prendre dans les maladies internes des remèdes prescrits par l'art de l'homme. J'ai vu le dey Baba Hali emporté par une fièvre violente sans qu'on pût l'engager à prendre aucun remède; quoi qu'un habile chirurgien français, qui était son esclave, lui promît guérison, il rejeta tout secours sous prétexte que le nombre de ses jours était fixé par les décrets éternels."- Laugier de Tassy en 1757

 

Dès l'occupation de l'Algérie en 1830, la France avait aboli l’esclavage, position officialisée plus tard lors du Décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848, qui devait s'appliquer également dans les colonies. Cependant, afin de ménager les susceptibilités et les intérêts des chefs de tribu et des marabouts, l'esclavage est maintenu.
En novembre 1832, l’émir Abd El-Kader proclame le djihad contre les Français. Il s'efforce de créer une force militaire permanente. Voyant l'armée française composée en grande partie d'infanterie, il forme un corps de cavalerie capable d'attaquer et de poursuivre ou d'éviter un combat inégal. Ce premier corps ne compte d'abord que 400 hommes. En réponse à une lettre du général Desmichels, l'émir répondit que l'Islam lui interdisait de se soumettre aux envahisseurs, mais qu'il lui permettait d'accepter une paix si elle lui était proposée.
La France reconnaît par le traité de la Tafna, signé le 30 mai 1837, la souveraineté d’Abd El-Kader sur les deux tiers de l’Algérie. Elle conserve toutefois plusieurs « possessions », dont Alger, Blida et Oran. Le 13 octobre, les troupes françaises s’emparent de Constantine.
Le 5 mai 1839, l"émir demanda et obtint l'appui du sultan du Maroc, ainsi que la concession du territoire situé entre Oujda et Tafna. Il voulut annexer le Constantinois en y nommant un « khalifa ». En réaction, la France organisa l'expédition des « Portes de Fer » en kabylie en octobre 1839, expédition qui fut considérée comme une violation du traité de Tafna. À partir de ce moment, la guerre reprit avec violence.
Le tournant de la guerre fut la nomination du maréchal Bugeaud comme gouverneur général de l'Algérie en 1842. Celui-ci changea complètement la tactique de l'armée française, aidée de nombreuses troupes composées d'Algériens : troupes régulières (zouaves et spahis) et corps irréguliers.
A cette époque, le général de Lamoricière expliquait : « une fois installés à Alger, nous avons pris les collèges pour les changer en magasins, casernes ou écuries. Nous avons fait main basse sur les biens des mosquées et des collèges. On prétendait appliquer au peuple arabe les principes de la Révolution française. Malheureusement, les musulmans n’ont vu là qu’une attaque brutale à leur religion et un manque de foi »
 

«Je crois que notre nouvelle conquête est chose heureuse et grande. C’est la civilisation qui marche sur la barbarie. C’est un peuple éclairé qui va trouver un peuple dans la nuit. Nous sommes les Grecs du monde, c’est à nous d’illuminer le monde.» - Victor Hugo dans une conversation avec le maréchal Bugeaud

 
La conquête du pays qui ne fut pour l'essentiel terminée que le 23 décembre 1847, jour où Abd-el-Kader se livra à la France. Après quinze ans de vaine tentative pour évangéliser le peuple algérien, le père Brumault renonça à son projet qui fut repris par les évêques d’Alger, Dupuch et Pavy.
 

Une colonisation approuvée par les précurseurs du communisme

prop.jpegEn 1848, Friedrich Engels, qui sera bientôt le complice de Karl Marx, est correspondant à Paris pour le journal britannique Northern Star. Sous le titre "Défense de l'impérialisme progressif en Algérie" , voilà ce qu'il écrit dans l'édition du 20 janvier 1848:

"A notre avis, c'est très heureux que ce chef arabe [Abdelkader] ait été capturé. La lutte des Bédouins était sans espoir et bien que la manière brutale avec laquelle les soldats comme Bugeaud ont mené la guerre soit très blâmable, la conquête de l'Algérie est un fait important et heureux pour le progrès de la civilisation."

Cet exemple pour montrer que ce parti qui milita plus tard contre le colonialisme s'appuie sur une idéologie qui au départ encourager le peuplement et les missions dites 'civilisatrices'.

La « francisation »

De 1850 à 1870 des Insurrections dans les Aurès et en Kabylie, sont réprimées dans le sang. La famine ravage l’Algérie entre 1866 et 1868.

Le 31 août 1858, le prince Jérôme, ministre responsable de l’Algérie expliquait sa politique d’assimilation en ces termes : « nous sommes en présence d’une nationalité armée et vivace qu’il faut éteindre par l’assimilation ». Louis Veuillot, qui fut secrétaire du maréchal Bugeaud, écrivait : « Les Arabes ne seront à la France que lorsqu’ils seront Français et ils ne seront Français que lorsqu’ils seront chrétiens ».

En 1862, il ne restait plus que 4 grandes mosquées, contre 17 chapelles à Alger.

lavigerie.jpgLa République continua à soutenir l’Eglise dans sa politique d’évangélisation menée, notamment, par le fondateur de la société des Pères Blancs, le cardinal Lavigerie. Celui-ci débarqua à Alger le 15 mai 1867, explique:  "ma mission est de faire de la terre algérienne le berceau d'une nation grande, généreuse, chrétienne, d'une autre France en un mot: de répandre autour de nous les vraies lumières d'une civilisation dont l'Évangile est la source et la Loi; de les porter au-delà du désert, jusqu'au centre de cet immense continent, encore plongé dans la barbarie.»

Une politique d’évangélisation fut activement mise en place par le cardinal tout en profitant de la grande famine de 1867 à 1868, qui fit environ 300.000 morts, pour tenter d’imposer sa religion.A l'école on interdit d'employer l'arabe.

‘‘ Le fondateur magnanime de l’État algérien ‘’

abdelkader_1.jpgFigure majeure de l’histoire des relations coloniales franco-algériennes, l’émir Abdelkader est généralement présenté par ses compatriotes comme le modèle politique, militaire et religieux du résistant au colonialisme français du 19ième siècle. En pleine guerre de conquête, il négocie les échanges de prisonniers avec Antoine-Adolphe Dupuch, évêque d’Alger, dans des conditions qui lui valent de durables amitiés. En 1852, Napoléon Bonaparte enverra Abd-el-Kader en Turquie avec une énorme somme d'argent: 150 000 francs. En 1860 il sauves des centaines de chrétiens en Syrie ce qui lui vaut ce qui lui vaut une notoriété mondiale et la cravate de commandeur de la Légion d’honneur. L'émir devint par la suite franc-maçon dès 1864 au contact dela loge « Les Pyramides » d'Alexandrie et a rendu visite en 1865 à la loge parisienne « Henri IV ». Il y renonça par la suite et mourra à Damas en 1883.Même s’il est porté comme membre honoraire de la loge La Syrie, à l’Orient de Damas, ses contacts avec la franc-maçonnerie se relâchent. La cause de cette attitude réside surtout dans l’évolution de la Franc-Maçonnerie française. Celle-ci avait en effet abandonné progressivement la philosophie religieuse pour une philosophie laïque étrangère à l’esprit d’Abd el-Kader, qui avait vu dans l’institution maçonnique une société de pensée pouvant être le trait d’union entre chrétiens et musulmans. Ayant fréquenté d'autres loges au Liban il fut considéré par les franc-maçons comme une preuve d'une possible accointance entre la pensée soufiste de l'islam (dans sa dimension intérieure) et l'humanisme du XIX ème siècle. Aujourd'hui c'est chose impossible avec l'emprise de la laïcité depuis 1905. L'orthodoxie islamique voit dans les loges une œuvre sioniste.

Le décret Crémieux, promulgué le 24 octobre 1870, accorde la nationalité française aux juifs d’Algérie afin de pouvoir les incorporer à l'armée et étoffer son effectif. La formule finalement retenue par la République restaurée après 1871 est celle du gouvernement civil, de la colonisation massive et de l'« assimilation » de l'Algérie à la France. Seuls les colons (environ 220 000) ont les mêmes droits que les citoyens de la métropole. Les populations arabo-berbères sont quant à elles « à peu près totalement dépourvu[e]s de pouvoir économique, politique et social. »

« Nous les avons réduits, je ne dis pas à la condition d’esclaves, mais à celle de bêtes de somme ; et nous sommes raisonnables ! Et nous sommes chrétiens ! »-Diderot

En mars 1871débute la révolte kabyle des frères Mokrani contre les projets de confiscation des terres. Mokrani est tué le 5 mai. Près de 500 000 hectares de terres sont confisqués et attribués aux colons.

En 1881 Jules Ferry fait adopter en juin le code de l’indigénat, qui instaure un régime juridique spécial pour les Algériens de confession musulmane. L’Algérie est entièrement intégrée à la France par le « système des rattachements ». Ces lois anti-arabes avaient pour inconvénients de poser des problèmes de retranscription des noms des citoyens en Algérie dans leur état-civil !

La loi du 26 juin 1889 accorda la nationalité française à tous les descendants d’Européens présents en Algérie, mais pas aux musulmans.

En janvier 1912, les musulmans sont astreints au service militaire en vertu de nouveaux décrets promulgués. Ceci marque le début d'une autre époque. En effet, les années suivantes viennent préparer la 'grande guerre', celle qui affectera durablement la plupart des soldats algériens engagés dans cette tourmente mondiale.

Si nous récapitulons, d'après les sources que nous possédons, ce pays a connu au moins 8 occupants qui ont chacun laissé leur héritage; carthaginois, romains, byzantins, vandales, arabes, espagnols, turcs et français. Les faits sont là: exceptés les arabes aucun autre n'a réussi à assimiler religieusement et socialement les berbères. Et pour cause la colonisation forcée des musulmans a opéré de façon totale par absorption et fusion des modes de vie. Elle a bénéficié aussi du soutien non négligeable du maraboutisme. Pour ce qui est de la culture la tentative semble avoir échouée pour les raisons invoquées plus haut. Pourtant par le passé les colons européens avaient plus ou moins réussi à assimiler des peuples en les 'christianisant' au mépris des droits de l'homme comme au Rwanda ou ailleurs.  Si l'Algérie a également reçu de nombreux immigrés, paradoxalement les choses vont être inversée suite à la présence française en Algérie. Ne manquez pas de lire le dénouement de cette fascinante histoire dans la 2 ème partie qui est toute au plus assez instructive pour notre époque.

22/10/2014

Le synode sur la famille veut préparer la société sur deux ans à changer la pratique sans la doctrine

Le Parisien a consacré un article intéressant sur le synode qui s'est tenu récemment à Rome pour réformer l’Église catholique. Le constat est sans appel; comme on l'avait indiqué dernièrement l'institution vieille de 17 siècles a du mal à se réformer. C'est un énorme bouleversement pour la chrétienté ! Comme certains médias ont du mal à décrire objectivement ce qui a eu lieu et sans verser dans l'anticléricalisme voyons ce qui s'est vraiment passé.

Un synode "historique" sur la famille

Comme le protestantisme les Églises catholiques et orthodoxes sont à la recherche de réformes qui leur permettent d'être plus accessibles ou plus en phase avec leur environnement de plus en plus hostile à la religion. Cela suppose qu'elles touchent à leurs traditions. C'est un exercice très difficile. Comment jongler avec des croyances et des traditions ancrées plusieurs fois centenaires et la modernité ?

Du 5 au 19 octobre dernier, pour son premier synode, le pape François a convoqué à huit-clos près de 200 évêques et quelques auditeurs extérieurs au Vatican pour "se pencher sur l'énorme fossé entre ce que l’Église dit de la famille et ce que des dizaines de millions de catholiques font."

Ceux qui ont cru à un «grand soir» de l’Église catholique sur les questions du divorce et de l’homosexualité resteront sur leur faim; pour les plus optimistes le pape a perdu une bataille mais pas la guerre.  "En apparence, les conservateurs ont finalement gagné la partie. Samedi 18 octobre, le vote du rapport concluant cette première phase du synode (uniquement consultatif), échelonné sur deux ans, corrige cette première impression de victoire «libérale». Les deux points les plus controversés portant sur l’accès à la table de communion interdite aux divorcés-remariés et sur l’organisation d’un meilleur accueil des homosexuels dans l’Église ont été rejetés. Ou plutôt, ils n’ont pas recueilli l’imposante majorité des deux-tiers qui était exigée de la part des votants" explique Slate. L'article ajoute: " Le pape François qui, en 2016, aura le dernier mot, ne fait d’ailleurs pas mystère de ses préférences. On ne peut pas présumer de ce qu’il tranchera dans le texte final de sa main qui, seul, fera autorité, mais plus personne n’ignore désormais l’extrême habileté de ce pape jésuite à introduire le changement dans la pratique «pastorale» de l’Eglise, sans changer d’une virgule la sacro-sainte doctrine."

Un intérêt médiatique sur la question de l'homosexualité

L'article du parisien est intéressant puisque beaucoup de personnes en France comme ailleurs attendent depuis longtemps des changements de position l’Église sur les homosexuels. D'ailleurs au début de ce synode les attentes étaient immenses, témoin la façon dont le Parisien commentait les premières journées:

"Le rapport des interventions de la semaine, présenté lundi par le cardinal hongrois Peter Erdö, l'affirme : les personnes homosexuelles «ont des dons et des qualités à offrir à la communauté chrétienne». Une manière de reconnaître que l'identité d'une personne «n'est pas déterminée principalement par sa tendance sexuelle», a précisé le cardinal de Budapest [une autre façon plutôt de ne pas évincer les nombreux prêtres qui vivent dans cet état caché...]

Autre évolution sensible : l’Église semble reconnaître pour la première fois le caractère potentiellement positif d'une union durable entre personnes de même sexe. «Sans nier les problématiques morales liées aux unions homosexuelles, on prend acte qu'il existe des cas où le soutien réciproque jusqu'au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires», précise le document de travail."

"VIDEO. Mariage et divorcés: le Pape en synode sur des eaux agitées"-Citation du Parisien:

 "Le texte encore provisoire, qualifié de «séisme pastoral» par le vaticaniste américain John Tavis, ne propose cependant pas de modifier la doctrine condamnant l'acte homosexuel. Et les évêques restent unanimes pour réserver le terme de «mariage» à l'union homme-femme. De même sur l'homoparentalité, l’Église indique que «les droits des petits doivent être toujours au premier rang». Ce texte marque la volonté de «miséricorde» de l’Église vers l'homosexualité. Une résolution qui semble transcender le clivage conservateurs/réformistes qui anime le catholicisme. «Sans nul doute, nous avons été lents à assumer un regard respectueux de la dignité et de l'égalité des personnes homosexuelles», a même reconnu Mgr Angelo Scola, le cardinal conservateur de Milan, proche de , dans une interview au quotidien Repubblica."" Que s'est-il passé par la suite ?

Une fin de synode sous une intense pression médiatique et sociale

Le Parisien du 18 octobre poursuit :"Ce synode agité, le premier convoqué par François, est la première phase d'un long processus de consultations. Un deuxième synode «ordinaire», chargé d'élaborer des propositions, est prévu pour octobre 2015. Ses conclusions seront remises au pape, qui aura le dernier mot. Certains cardinaux craignent que l'édifice de l’Église ne s'écroule tout entier en cas d'ouvertures majeures sur le divorce, l'union libre ou l'homosexualité. Les évêques du Sud se plaignent notamment que certaines ONG, l'Union européenne ou l'ONU soumettent certaines aides  l'acceptation de programmes contraires à leur conception des mœurs et de la vie, comme la contraception et l'homosexualité.

Les 183 pères synodaux ont participé au vote final sur chacun des 62 paragraphes. Pour être approuvés, chacun devait être voté aux deux-tiers. Trois paragraphes n'ont pas obtenu cette majorité qualifiée. Deux concernent certains aspects du texte initial sur l'accès aux sacrements des divorcés remariés (104 et 112 pour, 74 et 64 contre) et le troisième sur l'accueil des homosexuels (118 pour, 62 contre). «Sur ces points, on ne peut considérer qu'il y a un consensus du synode. Mais cela ne veut pas dire qu'ils sont complètement rejetés», ont expliqué ensuite plusieurs porte-paroles.
Les paragraphes en question n'ont d'ailleurs pas été retirés du texte final. Celui-ci avait été qualifié de «séisme pastoral» par le vaticaniste américain John Tavis. Il ne proposait toutefois pas de modifier la doctrine condamnant l'acte homosexuel. Et les évêques restent également unanimes pour réserver le terme de «mariage» à l'union homme-femme. De même sur l'homoparentalité, l'Eglise indique que «les droits des petits doivent être toujours au premier rang»."

Le Parisien reconnaît: "La médiatisation du synode a été aussi jugée responsable des tensions. «Ce qui a été publié par les médias sur les unions homosexuelles, est une tentative pour pousser l’Église à changer sa doctrine», a ainsi jugé le cardinal guinéen Robert Sarah. L'archevêque de Malines-Bruxelles André Léonard avait de son côté déploré «l'incident» qu'a représenté, selon lui, la décision de rendre public lundi ce texte provisoire. «On a dû alors se focaliser sur les questions qui intéressent la presse au lieu de travailler sur celles qui intéressent les familles», avait-il dit à Radio Vatican."

Dès le 28 juillet 2013, il faisait sensation en déclarant à propos des homosexuels:«Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger?» Cela prête à sourire quand on sait qu'il y a quelques siècles en arrière il suffisait que les papes utilisaient leur seule position pour faire mettre à mort n'importe qui !

Avez-vous remarqué la différence de traitement médiatique du synode entre le début et la fin ? L'intérêt est vite retombé !

En réalité, les enjeux sont vitaux pour l'institution puisque de plus en plus d'homosexuels occupent des postes politiques, médiatiques, sociaux et diplomatiques importants. Le pape François est donc pris au pied du mur. Pour sauver l’Église de la grande vague de désaffection il ne peut reculer sur ces questions. Ne pouvant toucher aux dogmes catholiques, il n'a pas d'autres choix que de gagner du temps en préparant les esprits à ce que l’Église change sa façon d'accueillir ces nouvelles mœurs sociétales qui sont en vogue. Exercice difficile et périlleux à la fois puisqu'il laisse fermenter de nouveaux schismes ou de nouvelles tensions à l'horizon.